09.10.2009
299.souvenir 18
"Je me souviens de trois types douteux qui, se réveillant sans oreilles, se mirent à rire d'un rire qui n'en finit jamais. Ils s'en moquaient et continuèrent à chercher une issue dans ce foutu pays à feu et à sang. Ils se quittèrent un jour, parvenu à une anse grise qu'ils préférèrent oublier. Les oreilles aussitôt repoussèrent, ils se sentaient vaincus par la liberté."
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08.09.2009
281. souvenir 17. le sens du devoir
"Le devoir obliqua au sud, dessina une arabesque avant de sauvagement ruer sur trois têtes dépassant de la foule. La panique projetée éclaboussa aux quatres coins du monde. L'écran clignotait sous mes yeux tandis que le devoir continuait à perçer la nuit, quelque part, sans réponse."
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30.07.2009
257. souvenir 16
"Nous ennuyions vite.
S'il nous arrivait, pour quelques heures, d'être livrés à nous-mêmes, une effroyable fixité nous enveloppait. Je faisais bonne figure. J'essayais d'inventer des raccourcis. Elle m'épiait, son attente pesait sur mon dos. Je réfléchissais. Je pensais. Il n'y avait que des verbes, conjugués, transparents, qui faisaient des mouvements dans l'air à destination des objets. Des verbes déséspérés. Périr, je me disais. M'évader, une échelle de corde. Les poteaux verts de la balançoire. Elle faisait mine de se détourner avant de revenir planter ses deux yeux noirs droits dans mes yeux. Je lui donnais deux verbes."Je m'en fiche" répondait-elle cruellement. Et c'était des détours, des retours, des doubles noeuds pour terminer le moindre quart d'heure.
Tant et si bien qu'ici je nous vois, que d'ici je nous vois, répétés pour rien, miroirs de gamins déglingués, miroirs l'un pour l'autre avec ce hochet, cette carotte en décomposition qui suinte sur l'âme : nous y sommes encore."
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30.06.2009
237. souvenir 15: l'heure du détachement
"J'évoluais dans l'heure tardive du détachement.
Des pierres et des têtes s'enfonçaient lentement vers le fond.
Elle apparut entre deux eaux et l'ondulation de son souvenir me rappela à la vie.
Je me dis que j'en suis là, pourtant je n'en reviens pas."
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18.06.2009
231. souvenir 14
Il regarde en arrière :
Je regrette cette fatigue d'antan qui me faisait coucher sur la banquette arrière du premier break venu et déposer kilomètre après kilomètre des yeux vides sur le ciel d'Europe – les mains me brûlent encore.
Il regarde en avant :
Je regrette l'extinction des routes.
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14.05.2009
209. souvenir 13
Vers trente ans je cessai d'envisager sérieusement ma mort. Je m'étais remis à grandir et je regardais avec étonnement les maisons et les hommes changer de proportions. Les larmes conservées dans mon mouchoir s'évaporèrent. Des chiens bleus couraient sur les toits lorsque je parvenais à comparaître, déchiré, devant le matin. A présent les paroles des vieux me parvenaient avec un sens limpide, un son joyeux que je faisais caraméliser dans mon mouchoir pour remplacer les larmes. Je me posais un tas de questions, notamment : qui voudrait anéantir des simulacres aussi flous ? et je ne cherchais aucune réponse.
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30.04.2009
199. souvenir 12
"dans les bulles ayant chu - je quittai mon propre ventre – un matin de guerre - pour reprendre pied sur la terre savonneuse – la terre grasse – la civière – d'une vie de bureau
- l'effroi glissait avec le reste - je finirai, me dis-je, par arriver quelque part - et en effet - mais non - je cherche - cherche - cherche - mais non"
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03.03.2009
164. souvenir 11
Les deux fauteuils d'osier papotaient sous la véranda tandis que lentement, avachis entre leurs bras, nous nous pétrifiions dans la terreur blanchâtre du dimanche.
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05.02.2009
149. souvenir 10 : mon plus beau tigre
« Je m'étais réveillé dans la nuit, j'avais observé son corps presque parfait. Il faisait chaud, la ville en bas bruissait, amortie par le sommeil. J'étais heureux peut-être, pas apaisé. J'avais eu cette pause. Mon coeur maintenant recommençait à battre. Des passants, des livres, des angoisses recommençaient à circuler dans mes veines. J'allai sur le balcon prolonger la nuit, respirer. En levant les bras pour m'étirer, je levai aussi les yeux et j'expirai d'un seul coup mon plus beau tigre. Je le regardai galoper dans la lumière mauve. Puis je retournai m'allonger auprès d'elle, de son corps parfait. »
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17.01.2009
135. souvenir 10 (suite)
Le lendemain de ses saouleries, une couche gélatineuse s'était posée à la surface, transparente, au-delà de laquelle des signes très lumineux et lointains le nommaient dans le ciel. Il se demandait si c'était elle, il se demandait comment sortir. Il craignait de ne plus jamais parvenir à caractériser précisément cette présence en lui. Des ouïes commencaient à pousser sous son écharpe. Ayant usé l'ancienne, il entamait une autre existence.
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