05.12.2009
335. souvenir 20
aujourd'hui il se souvient de son nom, comme d'une chose volatile d'ailleurs, plus ou moins lointaine, intermittente. c'est parce qu'un type le hèle par-dessus l'épaule. ce serait un peu déshonorant de se retourner. il y a mieux à faire, comme disparaître par magie dans une banque ou une église, avec son visage pour soi seul.
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01.11.2009
314. souvenir 19, rendez-vous
deux sur un seul bicross parfaitement inconfortable nous franchissons les barbelés bordant le lotissement pour débarouler dans le vaste champ qui tombe jusqu’au Ratier – sur un sol de peu de neige gelé dissimulant moins les touffes d’herbe et les taupes que de petites pierres noires, des granules de douleur en patience – et enfin nous glissons l’un sur l’autre – d’abord presque sans bruit – puis le raclement des genoux – puis le tibia qui heurte l’acier blanc du guidon avant qu’un coude sans doute rencontre le haut de mon crâne sèchement - j'aperçois le ciel - les poignées de frein à présent me rentrent dans l’estomac - j’ai l’impression de rouler cinq ou dix ans dans l’amas de boue grise et durant cette décennie j’élabore un éloge délicat du feu, des rougeurs, des marques et des cloques, un plaidoyer décuplé des brûlures dans le pressentiment vertigineux qu’un rendez-vous est pris, que quelque chose me relie au-delà d’aujourd’hui, au-delà du mercurochrome, me relie à moi-même au-delà de ma disparition programmée cet hiver ou l’hiver prochain et que déjà j’en retire l’amour, la force, la mystique et que déjà je m'en nourris et m'en moque - m'allongeant mollement sous des jonchées d'orties
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09.10.2009
299.souvenir 18
"Je me souviens de trois types douteux qui, se réveillant sans oreilles, se mirent à rire d'un rire qui n'en finit jamais. Ils s'en moquaient et continuèrent à chercher une issue dans ce foutu pays à feu et à sang. Ils se quittèrent un jour, parvenu à une anse grise qu'ils préférèrent oublier. Les oreilles aussitôt repoussèrent, ils se sentaient vaincus par la liberté."
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08.09.2009
281. souvenir 17. le sens du devoir
"Le devoir obliqua au sud, dessina une arabesque avant de sauvagement ruer sur trois têtes dépassant de la foule. La panique projetée éclaboussa aux quatres coins du monde. L'écran clignotait sous mes yeux tandis que le devoir continuait à perçer la nuit, quelque part, sans réponse."
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30.07.2009
257. souvenir 16
"Nous ennuyions vite.
S'il nous arrivait, pour quelques heures, d'être livrés à nous-mêmes, une effroyable fixité nous enveloppait. Je faisais bonne figure. J'essayais d'inventer des raccourcis. Elle m'épiait, son attente pesait sur mon dos. Je réfléchissais. Je pensais. Il n'y avait que des verbes, conjugués, transparents, qui faisaient des mouvements dans l'air à destination des objets. Des verbes déséspérés. Périr, je me disais. M'évader, une échelle de corde. Les poteaux verts de la balançoire. Elle faisait mine de se détourner avant de revenir planter ses deux yeux noirs droits dans mes yeux. Je lui donnais deux verbes."Je m'en fiche" répondait-elle cruellement. Et c'était des détours, des retours, des doubles noeuds pour terminer le moindre quart d'heure.
Tant et si bien qu'ici je nous vois, que d'ici je nous vois, répétés pour rien, miroirs de gamins déglingués, miroirs l'un pour l'autre avec ce hochet, cette carotte en décomposition qui suinte sur l'âme : nous y sommes encore."
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30.06.2009
237. souvenir 15: l'heure du détachement
"J'évoluais dans l'heure tardive du détachement.
Des pierres et des têtes s'enfonçaient lentement vers le fond.
Elle apparut entre deux eaux et l'ondulation de son souvenir me rappela à la vie.
Je me dis que j'en suis là, pourtant je n'en reviens pas."
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18.06.2009
231. souvenir 14
Il regarde en arrière :
Je regrette cette fatigue d'antan qui me faisait coucher sur la banquette arrière du premier break venu et déposer kilomètre après kilomètre des yeux vides sur le ciel d'Europe – les mains me brûlent encore.
Il regarde en avant :
Je regrette l'extinction des routes.
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14.05.2009
209. souvenir 13
Vers trente ans je cessai d'envisager sérieusement ma mort. Je m'étais remis à grandir et je regardais avec étonnement les maisons et les hommes changer de proportions. Les larmes conservées dans mon mouchoir s'évaporèrent. Des chiens bleus couraient sur les toits lorsque je parvenais à comparaître, déchiré, devant le matin. A présent les paroles des vieux me parvenaient avec un sens limpide, un son joyeux que je faisais caraméliser dans mon mouchoir pour remplacer les larmes. Je me posais un tas de questions, notamment : qui voudrait anéantir des simulacres aussi flous ? et je ne cherchais aucune réponse.
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30.04.2009
199. souvenir 12
"dans les bulles ayant chu - je quittai mon propre ventre – un matin de guerre - pour reprendre pied sur la terre savonneuse – la terre grasse – la civière – d'une vie de bureau
- l'effroi glissait avec le reste - je finirai, me dis-je, par arriver quelque part - et en effet - mais non - je cherche - cherche - cherche - mais non"
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03.03.2009
164. souvenir 11
Les deux fauteuils d'osier papotaient sous la véranda tandis que lentement, avachis entre leurs bras, nous nous pétrifiions dans la terreur blanchâtre du dimanche.
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