19.10.2009

307. elle disparaît

 

 

« attends-moi » dit-elle comme elle disparaît
loin devant moi qui cours à perdre haleine
et voilà
je l'ai perdue
Je fais demi-tour, je redescends l'allée, des numéros de Télérama déjà me montent aux yeux – ça y est je les pleure - c'est extrêmement douloureux, cela raye les globes - impossible de plus rien voir à cause d'elle – laissons faire, dans la tête il se peut que je trouve un travail de quoi manger des billes brûlantes – la tête est hors de cause - ailleurs – comme elle a disparu

 

 

 

19.07.2009

249. désolation

 

 

 

Quelques jours après Pâques. Sur les hauteurs environnant Philadelphie, un petit cousin du Christ chemine.

La pierre : -poc
Le cousin du Christ :-Aïïeeeputaindebordeldemerde!!!
La pierre : ...
Le cousin: ...

 

 

13.05.2009

208. Nuage noir

 

 

 

J'entendais des sifflements discontinus, je perdais l'équilibre, les secondes ralentissaient.
"Nuage noir au niveau de l'estomac" diagnostiquait Antine.
"Quelle joie" répondais-je d'une voix blanche.
A demi mort je continuerais probablement à mentir et raconter que tout cela me passionne, je me connais, à quoi Antine répondrait que même à demi vivant je fais chier.

 

 

24.04.2009

195. le pont

 

 

Pont de l'Université:

"-Et quel est le thème aujourd'hui ?
-C'est moi, c'est encore moi.
-...
-...
-Alors je vais encore parler de l'incident absurde quand cette femelle chimpanzé du zoo de Belgrade
-Inspire-toi du pont.
-Je m'en fiche.

Certaines nuits des triangles bleus ou verts brillent sous la surface du Rhône. Je m'arrête et les regarde. Qui qu'ils soient, je pense qu'ils signifient quelque chose: ils se donnent du mal pour exister, vacillent avec le courant, s'éteignent et ressuscitent. Je pense à ce qui subsiste de beauté dans les religions. Mes rares raisons de croire ont cette forme rectangulaire et ce scintillement. Qu'on me les vole, qu'on me les ausculte, elles persistent dans cette sous-vie liquide. Passage et dispersion."

 

 

16.02.2009

153. vanité

 

 

 

"Tout est vanité disait le type avec un air d'importance sidérant, à quoi l'homme sans réseaux répondit non, moi je fixe pour l'éternité mon manteau sur cette patère et je sais qu'en dépit du vent de l'érosion des pluies, en dépit de l'implosion annoncée du soleil ma forme s'y est moulée tandis que j'escaladais le ravin - d'en haut la rivière étincelante éteignait par avance l'incendie, déployait dans ses vasques le lit moelleux de ma chute avec une grande femme noire aux lèvres pinçées sur des tiges de papier qui brûlaient plus fort et loin qu'aucun soleil - malgré tout je porte encore ce vêtement je tiens encore sous les ongles des grains de terre – douleur et plaisir mêlés comme une drogue généreuse, nul ne pourrait me convaincre qu'il s'agissait d'un leurre. je te regarde en face et je dis encore non, moi je fixe en face l'oeil ouvert des choses sensibles qui invite à détruire, à détruire et renflouer de sel nos pantalons vestes manteaux nos chemises tout ce coton qui nous soutient et soulève nos squelettes mous dans les rejets d'azote"

 

 

03.02.2009

147. l'écruiture

 

 

«- J’écruis tout le temps, fanfaronnait-elle, sans faire exprès au lit au bureau en métro à la piscine en avion au café je remplis chaque semaine une caisse de mes œuvres – déjà toute petite…l’écruiture m’est venue avant que je ne sache marcher avant que je ne sache lire – romans poèmes bréviaires annuaires dictionnaires afin d’assouvir en moi ce vide lancinant j’écruis j’écruis j’écruis…

-moi je muange, répondit l’homme sans réseaux, même quand j’écris, je mange. »

 

 

28.01.2009

143. le retour

 

En entrant sous le tunnel elle affirmait à propos de tel point de Gilgamesh que les scribes n'en fichaient pas une rame avant même que nous fussions ressortis les fonctionnaires dans leur ensemble avaient morflé - « arrêtons-nous » dis-je – je craignais que nous n'allassions beaucoup trop vite et loin – dans le rétro des flammes bleues montaient «  pas ici, il n'y a que des machines à café » comme si elle connaissait ce lieu moi ici j'aurais préféré même avant si possible jusqu'à Pise l'escapade m'avait amusé mais depuis Sofia je me posais des questions quant aux finalités - Gilgamesh à présent - comme des saumons dans notre auto pour parler en direction du retour qui s'annonçait long



09.01.2009

129. dialogue 4 : le bavardage

 

-Bavard!

L'homme sans réseaux consent au reproche quotidien d'Antine, les mains dans la vaisselle.

- C'est un peu court cependant : le bavard assomme, or assommer ne suffit pas. Il m'agrée d'estourbir mais je ne saurais renoncer à ennucléer un peu, étriper si possible, violer quelquefois. Endormir, certes, c'est la fonction première du langage. Encore convient-il de fomenter d'affreux simulacres dans ce sommeil : fleurs à la baïonnnette, que la viande hachée du bavard étreigne la viande hachée du barbare, qu'elles se découpent, copulent, multiplient...

Il continua son monologue. Elle continuait à l'ignorer et songer, comme un maigre espoir, aux rangs longilignes de lavande sur l'étiquette criarde du dégraissant.


28.11.2008

104. dialogue 3

 

"Viens par ici, petit chat..."
Le chat vint vers elle.

"Roule", demanda-t-elle au caillou.
Il roula.

"Passe-moi le sel", dit-elle à son mari.
Et son mari hocha distraitement la tête.

12.11.2008

92. la jambe

 

Le commissaire tournait autour d’elle comme un bourdon plein des paroles d’usage:
- vous ne devriez pas, madame, vous ne devriez pas. Je dois vous prévenir que le corps est bien amoché.
Mais elle n’écoutait pas. Elle ne regarderait pas la tête, pas le thorax défoncé. Elle tira le drap depuis le pied jusqu’à la cuisse et minutieusement inspecta cette jambe, sa jambe, tout à fait elle quoique un peu blanche, et le modelé parfaitement unique du mollet, la cheville…
Elle resta muette. Non seulement cette vision suffisait à l’identifier mais elle la comblait, elle l’emplissait de joie et dans sa funèbre immobilité lui inspirait pourtant la certitude instantanée de sa présence physique. Son souvenir, qui courait. Elle sourit.

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