01.10.2009
294. Interlude 11. Quand il fait froid
" Le monde est beau quand il fait froid
les enfants meurent les clochards naissent
les passants penchent sud-sud-est
le bon sens nous écrase les doigts
le président fait pipi sur lui
l'artiste provoque le bourgeois
l'alcool s'assoupit dans le foie
la cheminée berçe un rôti
des autos dépassent des piétons
des souris récurent le métro
de leurs dents, en-dessous de zéro
on supporte un petit veston"
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01.07.2009
238. Interlude 10. Ordre des choses.
Le lecteur lit de la lecture
la poule engendre le poussin
L'écolo défend la nature
et le français fait le malin
le nuage crache un crachin
le menteur raconte un bobard
le tueur joue à l'assassin
James Ellroy écrit des polars
Le peintre peint de la peinture
l'idiot abrutit le crétin
et l'indifférent n'en a cure
le Sahel souffre de la faim
le soleil se lève au matin
l'américain paie en dollars
Hergé dessine des tintins
James Ellroy écrit des polars
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05.04.2009
184. Interlude 9. Absolument moderne.
"Il faut que tout le monde y mette un peu du sien,
il faut planter ses choux à la lune nouvelle,
il faut rendre à César ce qui lui appartient,
péter comme trois vaches pour casser sa bretelle.
Il ne faut pas confondre amour et bagatelle,
pour s'en faire un manteau, il faut que l'ours hiberne,
pour bien servir la France, il faut brûler pucelle,
et surtout il faut être absolument moderne.
Avant que de dîner il faut laver ses mains,
il faut tenir jusqu'à l'arrivée des secours,
il faut faire confiance au héros de Verdun,
il faut bien balancer et le contre et le pour.
Il faut prier Joseph, Saint patron des labours,
pour que du grain de blé germe un champ de luzerne,
il faut hurler adieu quand trépasse le sourd,
et surtout il faut être absolument moderne.
Il faut qu'une prison n'offre pas de recoin,
il faut pour s'évader creuser sous le nombril,
rien ne sert de courir il faut partir à point.
Il faut qu'hanneton chante aux derniers jours d'avril
pour que truie contrariée redevienne fertile,
il faut frapper les gosses : c'est tout ce qu'ils comprennent,
il faut vénérer le bon Dieu dans l'imbécile,
et surtout il faut être absolument moderne.
Il faut toujours hélas en revenir aux femmes
par une nuit d'hiver rue des Vieilles Lanternes
se pendre à l'hameçon qui flotte au fond de l'âme
et surtout il faut être absolument moderne."
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09.03.2009
167. interlude 8
Déranger la cotation du sens
héroïsme risible héroïsme
de mort
droit dans mes pantoufles
avec ce petit outil-grattoir du néant et de la beauté
mine de rien
cela ne se commande pas
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05.01.2009
127. interlude 7
Ici
dans ce tonneau
ayant bu
tout :
je fais des rimes
àcoupsd'marteau
à l'oeil je fais des rots
à l'ail
ça me tient chaud
et je m'envoie des rails dans les champs pleins de plis
POSTAUX
ici
dans ce tonnerre
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21.11.2008
99. interlude 6
Cette fois sur l'air de l'Ave Maria de Bach...
"Ce petit a bien mauvaise mine
la vie n'est pas belle
il a marché sur une mine
antipersonnel
En effet, depuis il n'est plus
personnel du tout
triste comme une goutte de pluie
une bouche d'égoût
Il travaille sur la rime impaire
et sur l'orpheline
lui qui n'a pas connu son père
c'est pire que l'usine
Puis sa démarche est ridicule
il n'a qu'un genou
qu'un pied et qu'un testicule
dieu protégez-nous !
Ce petit a bien mauvaise mine..."
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02.10.2008
65. Interlude 5: les proses bancales
Une fois par mois environ, l'homme sans réseaux retombe dans son péché de jeunesse. Il n'a jamais pu décrocher de cette échappatoire radicale et tragique à la dureté du monde. Aucune cure n'y fait rien et, ayant côtoyé la mort, il y revient malgré tout. Il sniffe d'abord une rime. Puis un vers appelant l'autre, il s'envoie tout le poème. La came n'est pas toujours des meilleures, il s'en fiche tant qu'elle brûle en lui l'angoisse lancinante des proses bancales.
« Bordel de sacré nom de Dieu
quel effroyable brouhaha !
un cri d'orang-outan furieux
amplifié par trentes-six tubas ?
Faites-le-taire, ne sait-il pas
que tout l'monde n'est pas musicien ?
sa musique nous crève l'estomac
-Mais les paroles, elles sont trop bien.
Un couteau dans la casserole,
une craie cassée sur l'ardoise,
le sabbat d'une armée de trolls
qu'un rouleau compresseur écrase:
tout cela semble un cri d'extase
comparé au triste tintouin
qu'il émet à la moindre phrase
-Mais les paroles elles sont trop bien.
Prince plus sage que le sphinx,
pitié pour nos globes craniens
faites-lui trancher le larynx
-Mais les paroles elles sont trop bien. »
14:40 Publié dans Interludes | Lien permanent | Envoyer cette note
18.09.2008
56. interlude 4: sur la route
"Deux sales types regardaient
l'oisillon mort sur la grand route
tandis que j'étais en retard
à mon anniversaire
(j'allais avoir trente ans
et n'en comptais que douze
cette sale histoire ferait
l'objet d'une épitaphe)
« Allons plutôt boire un verre » dit l'un
quoique estomaqué l'autre
redresse sa cravate
et lui emboite le pas"
17:53 Publié dans Interludes | Lien permanent | Envoyer cette note
27.08.2008
41. Interlude 3: la nuit grésille
Programme du soir à sa fenêtre:
"ooooo La nuit goutte du ciel
ooooooooooooo me pisse dessus
ooooooooooooooooooo écrit à ma place
ooooooooooooooooooo Bien peu de choses,
ooooooooooooooooooo où vais-je seul ?"
23:10 Publié dans Interludes | Lien permanent | Envoyer cette note
31.07.2008
24. interlude 2 : l'art du contrepoint
Il esquisse au violoncelle une mélodie légère, délicieusement ourlée d'harmonies baroques. Puis de sa voix la plus claire, l'homme sans réseaux entonne en contrepoint :
« un riche ne protège pas
la liberté de l’art
il ne connaît rien à rien
n’a aucun plaisir
un riche n’essaye pas
de comprendre les problèmes
un riche n’a pas de problèmes
un riche est gras
un riche n’aime pas
les gens qu’il aime
et ne mérite pas
d’avoir des yeux
car les mots défendent le riche
les mots protègent le riche
le riche est riche en mots
les mots sont des dollars
un riche ne meurt jamais
un riche ne fait jamais la guerre
un riche dépense
un riche parle
et ça lui suffit
et ça suffit à sa mère
à son père à son chien
aux pauvres aux idiots aux
autres riches et aux mots
aux mots qui défendent le riche
aux mots qui protègent le riche…etc »
15:41 Publié dans Interludes | Lien permanent | Envoyer cette note


