01.07.2009
238. Interlude 10. Ordre des choses.
Le lecteur lit de la lecture
la poule engendre le poussin
L'écolo défend la nature
et le français fait le malin
le nuage crache un crachin
le menteur raconte un bobard
le tueur joue à l'assassin
James Ellroy écrit des polars
Le peintre peint de la peinture
l'idiot abrutit le crétin
et l'indifférent n'en a cure
le Sahel souffre de la faim
le soleil se lève au matin
l'américain paie en dollars
Hergé dessine des tintins
James Ellroy écrit des polars
19:35 Publié dans Interludes | Lien permanent | Envoyer cette note
30.06.2009
237. souvenir 15: l'heure du détachement
"J'évoluais dans l'heure tardive du détachement.
Des pierres et des têtes s'enfonçaient lentement vers le fond.
Elle apparut entre deux eaux et l'ondulation de son souvenir me rappela à la vie.
Je me dis que j'en suis là, pourtant je n'en reviens pas."
13:46 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Envoyer cette note
25.06.2009
236. les morts jeunes
"Je connais des morts très jeunes. Pas ressemblants pour un sou au cliché du vieux mort moisi. Non, eux continuent qui à bâtir sa cathédrale, qui à chasser du mammouth, qui à consulter ses blêmes patients. Ils font plaisir à voir, ils rassurent en un sens. Ils profitent. Volontiers ils méditent à la belle l'envol timide des premiers pollens. Ce genre-là. Ou prosaïquement une rasade de lumière du mois d'août.
Depuis longtemps ils n'ont pas vu de vaches, alors ils s'étonnent de ce rond avachissement dans les prairies. Qu'est-ce qu'ils bouffent, mes morts ! Une prédilection carnassière, les os et tout, c'est pas croyable. La bouche pleine ils parlent leur langue bizarre de mort. Je les écoute avec plaisir quand ils s'installent à ma table. Je ne comprends rien mais leurs paroles sonnent à mon goût : un exotisme compliqué, des tournures invraisemblables, pleines de rires.
A quoi bon les craindre ? Ils m'occupent des après-midis et je me familiarise vite. Ils me trouvent précoce, doué, je suis un peu le protégé. Ils me flattent et alors je regrette peu les vivants. Je me dis qu'ils connaissent aussi bien que les autres ce qui est bon et beau. Le regard vide de la vache, nous nous y perdons, c'est un délice."
20:06 | Lien permanent | Envoyer cette note
24.06.2009
235. l'homme sans réseaux croise Zarathoustra
"Je suis Zarathoustra l'impie. Je mets tous les hasards à mijoter dans ma propre marmite. Et quand ils sont bien cuits, je déclare qu'ils sont excellents, car ils sont plats de ma cuisine […].
Mais à quoi bon dire ces choses si personne n'a mes oreilles pour entendre ! Je le crierai donc à tous les vents : vous rapetissez à vue d'oeil, vous les humbles ! Vous vous désagrégez, amateurs de vos aises!"
"Un couteau noir de rouille fiché dans une porte à l'entrée d'un bouge perdu en plein désert sous la cloche suante du ciel dans l'oeil de midi : juste ce qu'il fallait pour ma recette.
Grâce à lui je coupe les files d'attentes au marché du samedi matin. Je ne dis ni pardon ni merci ni merde je cours aux pommes je ne paie pas je ne prépare rien je ne mâche rien je gobe je ne digère pas et j'attends – que pousse l'arbre."
21:03 Publié dans L'homme sans réseaux croise.... | Lien permanent | Envoyer cette note
23.06.2009
234. sous l'arc...
« Sous l'arc bleuté du lance-flammes dansent les petits êtres qui trouvaient l'époque ennuyeuse »
(L'homme sans réseaux, badin, dans son torchon de soie)
20:56 | Lien permanent | Envoyer cette note
22.06.2009
233. Trois rêves la même nuit !
-Il écrit qu'il ne faudrait plus écrire. Il gueule qu'on se taise enfin. Il mange sa langue.
-Peau blanche peau grasse, il soutient que l'enfance est une crème à passer toutes les heures.
-Sur la pelouse, moins hauts que les brins d'herbe, les golfeurs inspectent l'univers.
Trois rêves la même nuit !
23:32 | Lien permanent | Envoyer cette note
19.06.2009
232. les voix
Je regrette l'extinction des voix
ou je prie pour l'extinction des voix
Je ne m'entends plus regretter ni prier ni rire : entre ma gorge et mes oreilles, des chats sautent sans s'arrêter.
J'attends le peintre qui les chasse.
19:22 | Lien permanent | Envoyer cette note
18.06.2009
231. souvenir 14
Il regarde en arrière :
Je regrette cette fatigue d'antan qui me faisait coucher sur la banquette arrière du premier break venu et déposer kilomètre après kilomètre des yeux vides sur le ciel d'Europe – les mains me brûlent encore.
Il regarde en avant :
Je regrette l'extinction des routes.
18:20 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Envoyer cette note
17.06.2009
230. pauvre vie
Une tranche saignante de ma pauvre vie...
| 1985-1986 | Moyenne maternelle |
|
| 1986-1987 | Grande maternelle | Grosse fête de l'école |
| 1987-1988 | CP | Merde au cul – la grande vadrouille (1ère fois) |
| 1988-1989 | CE1 | Ceinture verte de judo |
| 1989-1990 | CE2 | Mme B.: échec sentimental |
| 1990-1991 | CM1 | Mme F.: échec sentimental (trop exigeante), ceinture bleue de judo |
| 1991-1992 | CM2 | Mme D.: échec sentimental et sexuel |
| 1992-1993 | 6èmeF | Ma confession tourne mal |
| 1993-1994 | 5èmeG | Appendicite |
| 1994-1995 | 4èmeF | Dieu s'éteint lentement - la grande vadrouille (6ème fois) |
| 1995-1996 | 3èmeF | Parution des huits premiers volume de mon autobiographie. |
| 1997-1998 | Seconde | Envie de crever – peu à peu j'aime les huîtres |
...afin de me mettre en conformité avec l'Inspection Générale des Blogs.
20:36 Publié dans Commentaires | Lien permanent | Envoyer cette note
16.06.2009
229.
Parfois, l'homme sans réseaux s'écoute parler avec tant de complaisance, tant de fascination qu'il finit par se taire.
Quand il se tait, alors, nous l'écoutons.
20:12 Publié dans la note sans titre | Lien permanent | Envoyer cette note
15.06.2009
228. chômeurs (11)
"Pont Lafayette, plus que jamais la lumière arrose goulûment les toitures et liquéfie la poudre rosée qui stagnait en aval. Je ferme les yeux. Les rouvre. Passe un groupe de businessmen asiatiques en visite, les costumes noirs tortillent en file pour m'éviter sur le trottoir du pont. Le détachement, l'intense sectionnement du corps du monde rayonnent à nouveau dans cette esquive. Indiens, indiens. Nous avons tous des armes pleins les poches."
18:00 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
12.06.2009
227. chômeurs (10)
"La guerre atomique, c'est connu, n'épargnerait que les rats et les chômeurs. Nous sommes inexpugnables, éternels. Vous parlez de cendre : nous disons confetti. Un champignon : l'abat-jour de nos parties de cartes.
Le soleil jaunit et se disloque dans les vitrines. Je sautille comme un gosse sur le dos de la rue."
15:29 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
10.06.2009
226. chômeurs (9)
L'une de ces gouttes est une jeune fille qui flotte et qui éclate, qui désire juste rejoindre son ami à New York et faire des études, des études d'anglais, encore des études, elle détient déjà un doctorat d'histoire et une licence de Biologie, elle veut se gaver d'étude et en disant cela je soupçonne qu'elle parle d'autre chose dont elle ne peut dire le nom. Sais-tu ?
« Des études ? » bredouille l'animatrice ? « Des études? » répète-t-elle, « des études ! » elle finit par hurler et se lève et jette les bras au ciel. Un stylo siglé « réussite » vole avec une insulte. Les longues peines brandissent aussitôt des chaises et chargent. Les novices se regardent, accusent le coup, se réveillent et tentent d'arracher le badge siglé « à votre service » de l'animatrice. Je me saisis d'un classeur et je l'écrase sur le crâne de la vieille gourou. Mon sigle, ma trace. Peut-être mon souvenir. Je profite du carnage pour disparaître.
19:03 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
09.06.2009
225. chômeurs (8)
Emu les mot se dispersent en dehors de moi comme une pluie je ne sais d'où elle vient et j'enchaîne et j'étale mon savoir j'en savonne toute la pièce et des bulles se forment ici ou là qui laissent en éclatant des gouttes à l'odeur de bière
« L'ANPE a institué au Japon un « congé Proust » pour les salariés de plus de huit ans, obligatoire. Dans ce dispositif, chaque citoyen est convié à la lecture de La Recherche du temps perdu, pour laquelle 800 heures de travail lui sont dégagées, payées à 150 % du taux minimum local. Naturellement en contrepartie le récipiendaire doit faire régulièrement état de l'avancement de sa lecture devant un agent de l'Etat assermenté. Indiens, indiens. Je me propose d'organiser en France, à l'échelle du réseau des agences pour l'emploi un système du même genre, qui me paraît admirablement convenir aux intérêts du pacte républicain. Puis la Recherche, ça fait réfléchir, ça coupe un peu l'ennui d'accélérer sans cesse. Ça assouplit sans rassurer. Ça féminise ? Ça rend attentif. Les belles phrases. Les phrases moches. Les belles phrases durent. On ne pense plus trop qu'on est au chômage. On se penche sur la moquette, on inspecte sous les meubles. On cherche le temps perdu. Puis-je voir votre responsable ou sa supérieure ? »
20:25 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
08.06.2009
224. chômeurs (7)
Des cendres commencent à tomber du plafond. Nous nous regardons. Nous sentons déjà l'odeur des prairies à venir, des prairies qui poussent tandis que nous épinglons des mots dans le décor en plâtre. Je vois déjà une grande salade verte, des fèves, des fromages de chèvre à la table, un chien qui descend à travers la houle des hautes herbes. Je vois du soir des bouteilles empoussiérées d'où des vins sur des chevaux surgissent je vois du soir et de la nuit que baignent d'autres vins.
D'émotion je tremble je cherche je cherche un appui je sens déjà l'air du soir d'un jour sans jour sans nom.
21:32 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
07.06.2009
223. chômeurs (6)
« Tous les soirs, juste avant que le soleil tombe, un groupe de corbeaux passe au-dessus du fleuve. Je les aperçois de ma fenêtre, entre un câble téléphonique et la colonne d'aération du tunnel. Ils sont trente huit. J'estime que leur population pourrait grimper à quarante-cinq-cinquante d'ici la fin de l'hiver. Ne m'interrompez pas. La nuit, ils viennent se réchauffer en ville. Le conseil municipal pourrait établir des quotas. Sur le coup de cinq heures du matin, ils s'ébrouent sur le toit de la colonne d'aération puis profitent des courants d'airs chauds pour prendre de la hauteur avant de repartir vers la campagne. Ils frôlent alors la colline, sud-sud-ouest et depuis me fenêtre, je pense pouvoir en abattre facilement un ou deux. La ville pourrait établir des quotas. Lorsque les beaux jours seront revenus, je me débrouillerai autrement. »
21:28 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
05.06.2009
222. chômeurs (5)
"« Quel est votre parcours, quels sont vos souhaits, qu'attendez-vous de nous ? » Je regarde au dehors une esplanade en verre. Je ne sais pas. Quel dieu parle ? Que reste-t'il à inventer, quel outillage, quelle révolution, quel progrès serions-nous en droit d'espérer ? Tour de table. Des longues peines regardent en ricanant dans la direction des novices. Une vieille femme prétend monter un cabinet de coaching à base de philosophie énergétique chinoise. Elle affirme qu'elle veut partir, qu'être ici et parler ne sert à rien. Alors elle se tait, et ses malédictions empestent l'atmosphère. La tension monte. Un chien jaune passe et évoque longuement la nécessité d'une spécialisation plus technique en audit et gestion opérationnelle. La terre ne tremble pas, les autres dieux laissent faire. C'est mon tour d'aboyer."
13:52 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
04.06.2009
221. chômeurs (4)
"Là où ça fait mal, là où c'est bon, là où depuis le passé je me regarde, un éblouissement me jette en avant : tout le futur est derrière moi, il porte un nom : moquette. Moquette propre, moquette ineffable d'ANPE qu'un tas de godasses foule, qu'une foule de godasses tasse pieusement – la vraie vie est ici. Une fille avec sa mère: qui est à vendre ? Un squelettique nerveux. Des minutes qui tombent, lourdes au fond du ventre. Des minutes et des heures dans le vide. Je salue un souvenir qui passe, je salue une citation latine, je salue des listes, des thèses, des aspirations qui me font, me défont et me doublent. Partent choir au loin."
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02.06.2009
220. chômeurs (3)
"Par une lente mutation de mon organisme, mon tube digestif s'est adapté à mon tempérament : je rumine l'autre vie, la vie d'avant, celle où tu chantais sous la douche pendant que j'ironisais sur le journal télévisé, sans la moindre conscience d'en détenir la matrice. La vie heureuse, la vie intenable, celle qui s'achemine vers sa passion, rêveuse et suicidaire. Nous avions quelques plantes d'appartement, d'intenses souvenirs en commun, aucun projet précis. En harmonie dans le malaise : petits boulots, retards de l'ivresse sur un emploi du temps qui se dérobe, traversant des nuits courtes, raccrochés l'un au corps de l'autre, fascinés par les cris d'oiseaux et les murmures de la forêt."
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31.05.2009
219. chômeurs (2)
"Pour nous qui avons étudié et dédié à nos mamans des diplômes inutiles, épuisés aussitôt dans notre virtuosité à cultiver le goût du jour, pour nous une ANPE "spéciale cadres" a été ouverte au centre du quartier d'affaire. Voilà où je vais aujourd'hui. Et sans savoir pourquoi. Je ne cherche pas de "poste" ni de "place", comme tu t'en doutes . Je donnerai plus volontiers dans le vol à la tire et pour l'instant je persiste à vivre pleinement c'est à dire à manger et boire, chier, baiser, boire, fumer, manger, boire. Voilà ici qu'un être en salue un autre. Tous deux font des gestes concentriques, des gestes humains, des signes dont je me sens tari. Telle est mon illusion qui continue : je me suis spécialisé dans cette soif. Je n'en veux à personne. Me cogne chaque nuit au lendemain."
14:49 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note


