30.07.2010
481. midi
A midi nous nous déplacions jusqu'à l'étang pour déjeuner. Des canards, des rives bordées de platanes, un héron quelquefois, un pêcheur, la lumière particulière du vernis soupesant d'invisibles végétaux noyés. Mais pour quoi faire ? Nous nous déplacions au bord de l'eau pour déjeuner mais pourquoi ? Je ne me rappelle plus, j'imagine seulement, j'imagine que l'étendue d'eau devait - comment ? - améliorer nos salades, que la beauté banale, un peu plate, du lieu devait changer quelque chose à notre façon de vivre ce moment-là, mais l'imagination échoue à pleinement saisir les prolongements psychologiques et religieux profonds de ce soin anecdotique et incongru. Je me retrouve à ma table de restaurant, l'une ou l'autre table, l'un ou l'autre restaurant, je sèche dans la ville, je m'affaisse à ne rien comprendre. Je voudrais définir l'homme par l'étang, l'humanité par l'étendue d'eau de midi, je cherche, je pressens que c'est mon passé seulement qui s'égare ici, que je ne cherche que moi : déjeuner devant l'étang, lubie aussi étrange qu'écrire distinctement des pensées qui passent.
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28.07.2010
480. nation
à mon scalp arraché je touche maintenant la plaie d'une nation aussi vaste - la pensée mise à nu ne pèse pas lourd
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26.07.2010
479. traité d'être
Ses plaintes infondées, ses gémissements à tous propos manifestent seulement sa bonne santé morale et relèvent paradoxalement d'une profonde compassion: en l'écoutant geindre, les autres, les semblables devaient réformer leur conduite, présumer leurs erreurs.
"Car l'hystérie, l'entrain compulsif érigé en valeur sociale, le chaos délirant du désir en direction des moindres signes de bonheur terrestre et de plaisir ne forment qu'une protubérance monstrueuse au visage d'un terrible grincement d'ennui, de peine, de confusion honteuse qu'il n'est possible de manifester qu'en l'exorcisant dans cette poudre blanche qui sèche sous les canalisations. Dans les caves, les grottes, le fantasme prouve le défaut d'être et prolifère à la suite du monde. Le cri d'extase n'est qu'une plainte plus longue, plus fade, plus morte. On ne se dérange plus pour rien au purgatoire. On ne cherche plus rien qu'à perdre pieds dans le temps qui nous emporte."
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23.07.2010
478. parler
l'homme sans réseaux : parler empêche de penser, parler défigure, parler me laisse en place sur cette roue de manège qui descend dans la ville en feu
09:18 Publié dans Commentaires | Lien permanent | Envoyer cette note |
21.07.2010
477. l'homme sans réseaux croise le mal
"Une dame m'offrit une fois un paillasson, mais comme je n'avais ni de place de reste dans la maison, ni de temps de reste dedans ou dehors pour le secouer, je déclinai l'offre, préférant m'essuyer les pieds sur l'herbe devant ma porte. Mieux vaut éviter le mal à son début."
(H. D. Thoreau, Walden ou la vie dans les bois)
"L'herbe soulage d'ailleurs comme aucun ustensile : dévorant la crotte, le soulier et pour finir l'homme aux souliers crottés qui regarde sa vie s'égarer en l'air."
09:35 Publié dans L'homme sans réseaux croise.... | Lien permanent | Envoyer cette note |
19.07.2010
476. marc
sucré sous l'oeil le marc étale sa rancoeur livide - elle continue à penser que je n'ai rien à faire ici et que je devrais cesser mes mines, mes mines, dit-elle, comme un écran appauvri de ma flamboyante trivialité, va donc plutôt te faire foutre enfin et laisse moi m'absorber dans la tâche d'oeil noire - il me manque un peu de foi pour persévérer ici certes mais j'attends de pied ferme et j'entrevois furtivement déjà des étincelles annonciatrices, des étoiles bon dieu des étoiles !
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17.07.2010
475.
Sans acteurs il se sentirait plus léger
11:38 Publié dans la note sans titre | Lien permanent | Envoyer cette note |
16.07.2010
474. interlude 15. Rimbaud
Rimbaud était
un petit homme laid
docile
il vécut
une vie
retirée
d'adulte
il ne disait pas
telle ou telle chose
mais choisissait
des lieux
qu'il décrivait
des yeux
très haut
sagement
15:25 Publié dans Interludes | Lien permanent | Envoyer cette note |
13.07.2010
473. pas de côté
une fenêtre s'ouvre, une main salue, encore un mort qui me reproche d'écrire trop vite, je me dépêche de la manger des yeux, ses jambes s'ouvrent, le ciel s'ouvre en elle - en elle la vie ouverte en elle
18:17 | Lien permanent | Envoyer cette note |
12.07.2010
472.
il est scandaleux qu'un tel chef d'oeuvre dans une édition hors de prix m'ennuie si profondément. il est scandaleux qu'un tel chef d'oeuvre soit aussi stupidement limpide, que je saisisse tout comme je saisis parfaitement le babil des brins d'herbe, qu'il ne résiste pas, qu'il se donne tout entier alors que je pense à autre chose, qu'il passe comme une évidence, un bois mort sur le fleuve, en faisant le beau dans son cercueil de chef d'oeuvre, de quoi ai-je l'air avec ce truc dans mes mains ? j'ai l'air con du type qui se cultive et qui s'endort pour repousser la fin, tiens je vais m'asseoir et lui péter dessus
18:53 Publié dans la note sans titre | Lien permanent | Envoyer cette note |
11.07.2010
471. reconnaître
L'enfant marchait en silence. Le transistor cliquetait dans sa main. Au coin de la rue, la ville semblait s'abolir d'un coup : un océan de maïs déroulait ses pieds noirs jusqu'au pied du soleil. Elle jeta l'appareil, s'avança, revint et prit ma main dans la sienne. elle avança encore, sans rien dire. Je ressentis une honte violente et une violente pitié pour moi-même. Avec la ville, des grains de fumée et de chants montaient se perdre en l'air. Elle imaginait maintenant comment rattraper son frère qui avait fui. A haute voix. Je ne disais rien. La vue de mes bras, de mes mains d'homme mort étranglait dans ma gorge quelque mot qui fût pour autre chose que pour ma honte et ma pitié. Nous ne nous regardions plus. Elle ne me reconnaîtrait pas, même vieille, dans cent ans, elle ne reconnaîtrait pas, incapable de déchoir, son ombre à la limite de la cité.
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10.07.2010
470. l'infinement petit
Je vis dans l'infiniment petit, petit, infiniment depuis longtemps avant longtemps le temps des lézards avant longtemps depuis la crise du logement l'infiniment petit fait le tour d'un royaume de puces, j'ai connu des tourments, des guerres des maladies et je me garde, petit, je me préserve - Dieu m'aït - pour le jour où la sphère grossira où le temps montera en neige sur le siège avant jetant les passagers dans le mur les étoiles sont des flaques de sang sur cette paroi, ce verre qui ne laisse rien transiter au-delà que ce mouchoir, ce léger vélin qui glisse entre les doigts, où étais-je en l'an trois mille pour accueillir ma mère et c'est ainsi que la tête devient un champ de regrets que l'oeil recouvre comme une pierre et que l'on se décide à vivre dans cet infinitésimale chambre de veille et attendre tous ensemble tous ensemble seuls dans cette chambre de veille
le mots qui courent à travers déjà m'attendent demain
18:25 | Lien permanent | Envoyer cette note |
08.07.2010
469. passantes
si des passantes s'infiltrent par l'oreille dans l'intervalle de cendre entre la coque et l'âme,il devient impossible de penser par soi-même sans mettre en branle le tapage de leurs petits pas qui dérangent tout
20:18 | Lien permanent | Envoyer cette note |
04.07.2010
468. interlude 15: où aller
je repars sur mes traces
je reprends ma suite
je retourne en avant
j'emprunte la même route
je suis mon souvenir
je précède ma fuite
je reviens où je n'ai pas été
je commence à respirer
dans mes pas
13:44 | Lien permanent | Envoyer cette note |
03.07.2010
467. l'homme sans réseaux
et s'il parle quelquefois, c'est pour mieux reprendre élan dans son silence
18:05 Publié dans Commentaires | Lien permanent | Envoyer cette note |
30.06.2010
466. méduse
même si elle change d'âme, je vois à travers elle la maladie qui me l'habille
13:40 | Lien permanent | Envoyer cette note |
29.06.2010
465. baptême
mais je pense qu'il me manque cinq ou six ans vois-tu cinq ou six bonnes années à ce rythme dans cette queue de baleine qui traîne par les grands fonds parce que la lumière du soleil m'étrangle quand je dors je reconnais mes torts certes j'ai bu la moitié de ta maison j'ai bu les trois quarts de tes trois-huit j'ai bu presque tout ton héritage j'ai bu vraiment tout tout ce qu'il y avait dans ton journal du matin dans tes cafés ton grille-pain ton chat misty ton chat louis ton serin charles – lui qui m'apprenait à chanter sur la toile cirée de la cuisine dans les moments d'après-midi où je revenais lucide à la surface mais la baleine vois-tu, comment lutter contre la baleine, tu vois mes cinquante-sept kilos de peau séchée à l'essence contre ces cent-quarante tonnes que puis-je faire, quoi bon lutter je me retrouve tête-bêche dans le sable la tasse d'eau d'océan bue elle aussi jusqu'à plus soif je me retrouve traîné des kilomètres des milles des pays des continents entiers et le plaisir que j'y prends quelquefois malgré l'excès de sel me laisse sceptique quant à l''imminence d'une ascèse, laisse-moi dix ans, dix-huit ans, juste dix-huit ans, un peu de charité laisse-moi dans l'eau une vingtaine d'année laisse pour que j'achève dignement ce baptême laisse un peu de vitesse traîné dans le fonds quelques bonnes années de chasse
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27.06.2010
464. avec toi
avec toi dans ta barque qui file sur l'autoroute et la nuit repoussée dans les haies alentours
19:51 | Lien permanent | Envoyer cette note |
25.06.2010
463. sous l'eau de sel
sous l'eau de sel nage une grande ombre que nul ne suit – sa fuite désorganise un monde
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24.06.2010
462. parlementer
moi je suis sous sa couverture et j'attends qu'elle parle, qu'elle parle pour comprendre où je suis sous sa couverture et me replier dans la coque d'os dur parlementer avec l'os prier l'os supplier qu'il me laisse aller où elle voudra dans le nord dit-elle en regardant droit le plafond
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