31.10.2009
313. l'art
Je me dis que l'art souvent nous étouffe, je me dis l'art devrait naître de la pensée vague, de l'imagination médiocre, je me dis d'une technique imparfaite l'art deviendrait l'âme corrompue de l'inélégance, marcherait sur le même trottoir, se brosserait les dents avec nous, nous tiendrait par la corde du dedans, inciserait l'abdomen pour faire circuler l'air, je me dis cela devant le miroir. Puis je sors sur le balcon, la baie s'éteint lentement.
J'écris qu'une poule peut se changer en guitare, aussitôt rien ne se passe.
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25.10.2009
311. l'idée
L'idée d'inventer chaque soir une issue dans le langage, de perçer sur le jour une échappatoire du sens, finit par me tenir dans l'hallucination de ma réussite, un arrière-monde incontrôlé où chaque pas de côté figurerait un pas en avant mais vers qui, vers quoi ? Je fus comme happé par cette idée naïve, incapable de renoncer à son sortilège stérile, rangeant je ne sais où mes clés et mes papiers, circulant à bicyclette sur des axes secondaires sans fin.
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26.09.2009
290. la dent creuse
La dent creuse de l’homme sans réseaux sonne mécaniquement à dix-neuf heure : voici l’heure où l’on cesse de voir clairement, l’heure où la peur sonne. L’homme sans réseaux s’absente je ne sais où. Il n’y a rien, de toute façon, ni saints ni démons, personne à railler ou pourfendre.
J’ai commencé l’opium à huit ans le matin. J’écrivais des saynètes, des parodies. A dix-neuf heure, l’effet s’estompait. Je pleurais dans mon lit de bois. Je cherchais comment rester exemplaire. Je cherchais des prises dans les apparences décousues, ce lit, ce jouet, cette médaille. Les sons de la rue volaient à travers la pièce.
Quand la nuit s’était installée, je ressentais quelque honte à regretter tout ce que je détestais. Je cessais de pleurer parce que j’étais fatigué. Je m’endormais sans avoir rien résolu.
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31.08.2009
275. les ponts
Chaque fois que j'essaie de réfléchir intelligemment à l'homme sans réseaux, une tuile tombe d'un toit, un hippopotame charge ou la cafetière siffle. Chaque fois qu'un être intelligent aborde le sujet avec moi, c'est la même chose : je vois défiler des nuées de sauterelles dans son dos. Quelque chose dans tout cela me semble défectueux, mais comme piégé. J'ai bien l'impression qu'on a fait sauter les ponts derrière nous.
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05.07.2009
241. migrations
Les oiseaux ne migrent pas selon des destinations, des voies ou des réseaux de cheminement. Ils sont seuls au milieu du grand ciel et poursuivent vaguement une odeur, une onde, l'aveuglement particulier d'un angle particulier du soleil aux heures stratégiques. Ils sont dans le vide, oscillent de droite à gauche et contiennent sans forcer l'élan du départ : ce jour où ils basculèrent sous l'horizon. Ils ne vont pas de Mulhouse à Saint Louis du Sénégal. Plutôt d'un toit à une souche.
Cette ivresse que je cherche : la terre comme surface égale de subsistance et de perdition, surface vierge du passage.
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17.06.2009
230. pauvre vie
Une tranche saignante de ma pauvre vie...
| 1985-1986 | Moyenne maternelle |
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| 1986-1987 | Grande maternelle | Grosse fête de l'école |
| 1987-1988 | CP | Merde au cul – la grande vadrouille (1ère fois) |
| 1988-1989 | CE1 | Ceinture verte de judo |
| 1989-1990 | CE2 | Mme B.: échec sentimental |
| 1990-1991 | CM1 | Mme F.: échec sentimental (trop exigeante), ceinture bleue de judo |
| 1991-1992 | CM2 | Mme D.: échec sentimental et sexuel |
| 1992-1993 | 6èmeF | Ma confession tourne mal |
| 1993-1994 | 5èmeG | Appendicite |
| 1994-1995 | 4èmeF | Dieu s'éteint lentement - la grande vadrouille (6ème fois) |
| 1995-1996 | 3èmeF | Parution des huits premiers volume de mon autobiographie. |
| 1997-1998 | Seconde | Envie de crever – peu à peu j'aime les huîtres |
...afin de me mettre en conformité avec l'Inspection Générale des Blogs.
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21.05.2009
213. le dérangé
Antoine Peluchet figure ce même dérangement – déchet incompréhensible d'absence enchâssé dans les traits du visage – que l'homme sans réseaux monte ici en neige - en épingle : en miroir de sable de cendre d'eau
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10.05.2009
205. commentaire dans le décor
Coupant virage en épingle, l'homme sans réseaux m'envoie dans le décor chaque jour vers 18h29 – où je retrouve donald duck et cardinal de retz, hochet et autres métadonnées assis virevoltant sur la scie qui s'attaque à mes nerfs mes raçines mes certitudes banales chevillées à l'âme. Moi, poule issue des poules dans la lignée extraordinairement manipulée de l'espèce, je garde néanmoins une affection tenace pour cette sorte d'accident.
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09.04.2009
187. la mémoire
Garder mémoire de ce qu'était la poésie en moi signifie savoir quelquechose du poids des pommes c'est à dire au moins du poids des sens dans la façon dont nous nous confions ingénument à notre langue pour dire
- lourdsavoirinutile-lourdsavoirailé-
et du prix des tomates
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08.04.2009
186. bouton
Ce bouton noir sur la langue, cet abcès qui défigure la moindre de ses phrases (dans lesquelles désormais je ne reconnais plus rien de ce que j'ai connu jadis, ameublement défait d'un intérieur pauvre qui donnait sur le dos de la ville, juste là où elle cesse brutalement et descend vers ses fleuves), il le soigne, l'entretient, il lui parle en pensée : c'est son meilleur ami, le contour de son monde, un pouce de bonheur, un jardin enté à la chair où pourrissent secrètement des pelures de routes.
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