29.11.2009

332. parmi nous

 

 

j'avais si peu de force ce matin que j'ai dormi sous le cadre qui sert à ranger l'apparence, maintenant tout est en désordre et j'ai perdu les fils – quel âge sommes-nous ?
mon arrière-arrière-arrière-arrière grand-mère me réveille et passe la main sur mon front, je voudrais m'en aller, reprendre des forces, revenir parmi nous. pas de thé ni de gnôle : des forces

 

 

28.11.2009

331.

 

 

"Il était devenu ce grand, ce beau moine sentencieux qu'on croise souvent au coin du doute, habillé pauvrement, et qui sort d'une ombre."

 

 

26.11.2009

330. l'écran

 

 

 

"et me voir sur l'écran fut plus répugnant que commettre je-ne-sais quelle horreur, me voir dans la manche du diable, évacué du cadre et malgré tout en plein centre, au beau milieu de cette glauque corvée de chiffres, j'en perdis toute dignité, toute contenance, dépossédé même de ma pauvre revanche sur le prochain bifteck"

 

 

25.11.2009

329. je mange (suite)

 

 

 

"En revanche ce que je ne mange pas m’absorbe et me perd. Je perds toute texture, toute contenance, mon esprit s’altère dans l’esprit du lieu et de l’instant.

Quand je reviens, je puis enfin nommer ma joie: sur mon poignet une pincée de sel. Je lèche. J’ai de nouveau faim."

 

 

23.11.2009

328. je mange

 

 

 

"je mange je mange je claque mon âme contre la planche je remonte mes hanches je les fixe au vérin qui entraîne la meule, ça grince et je mange encore je mange dans le tas - qu'il reste rien - donnez-moi ça je fais disparaître donne, allez donne je mange la sortie derrière moi et toi tu reste dedans"

 

 

 

22.11.2009

327. l'antre du loup

 

 

« L’antre du loup c’est ce corridor vide le long duquel je marcherai, les bras roides tendus dans l’obscurité, dans lequel j'attendrai toute l'éternité un son de ta voix ou une mèche, un post-it volant sur un signe d'adieu »

 

 

 

20.11.2009

326. dix-huit heure

 

 

il remontait le champ par lacets méthodiques, l'air à vingt trois degrés, dix-huit heures trente, quelques particules cendrées montaient vers le ciel bleu, sur le trèfle l'âne vit un puceron et une ville qu'il brouta avec le reste

 

 

18.11.2009

325. sens

 

 

"des hordes de petits chiffons verts dévalent dans l'eau tiède, le suicidé se lève et rédige d'un trait trois mille nouvelles sentences"

 

 

il se peut que cette phrase ait un sens (ou pas), métaphorique peut-être pourtant un sens concret mais sourd, qui m'échappe à moi-même, d'ailleurs, sans avoir rien en commun  avec l'expression contournée d'un inconscient mais serait comme une opération de la langue sur moi (et non l'inverse), comme l'extraction par la langue d'un minéral sécrété par mon corps et qu'il refuse d'admettre au point de le voiler dans la banalité de mon être, il se peut que cette idée elle-même soit une banalité sordide et je ne peux pourtant me défaire de son enraçinement dans l'illusion d'une singularité brute, paradoxe de mortel que je me hâte d'énoncer, de répéter, de hurler parce qu'il brûle - nous cherchons tous l'issue du cirque et nos convulsions perpétuent le spectacle au centre de la piste

 

 

17.11.2009

324. eau tiède

 

 

 

des hordes de petits chiffons verts dévalent dans l'eau tiède, le suicidé se lève et rédige d'un trait trois mille nouvelles paroles de sa vie

 

 

 

15.11.2009

323.

 

 

 

Rien n'est virtuel, ici, Jean-Baptiste, rien n'est réel, c'est ton pompeux miroir, l'anniversaire de tes dix ans : tu voudrais te saouler en croquant d'exécrables chocolats au kirsch – c'est l'humain dimanche qui tremble dans les foyers, qui songe aux morceaux de temps émiettés à la surface des soupes

 

 

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