01.11.2009
314. souvenir 19, rendez-vous
deux sur un seul bicross parfaitement inconfortable nous franchissons les barbelés bordant le lotissement pour débarouler dans le vaste champ qui tombe jusqu’au Ratier – sur un sol de peu de neige gelé dissimulant moins les touffes d’herbe et les taupes que de petites pierres noires, des granules de douleur en patience – et enfin nous glissons l’un sur l’autre – d’abord presque sans bruit – puis le raclement des genoux – puis le tibia qui heurte l’acier blanc du guidon avant qu’un coude sans doute rencontre le haut de mon crâne sèchement - j'aperçois le ciel - les poignées de frein à présent me rentrent dans l’estomac - j’ai l’impression de rouler cinq ou dix ans dans l’amas de boue grise et durant cette décennie j’élabore un éloge délicat du feu, des rougeurs, des marques et des cloques, un plaidoyer décuplé des brûlures dans le pressentiment vertigineux qu’un rendez-vous est pris, que quelque chose me relie au-delà d’aujourd’hui, au-delà du mercurochrome, me relie à moi-même au-delà de ma disparition programmée cet hiver ou l’hiver prochain et que déjà j’en retire l’amour, la force, la mystique et que déjà je m'en nourris et m'en moque - m'allongeant mollement sous des jonchées d'orties
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