12.10.2009
302. dans le cirage
De tout temps l'homme a vécu dans le cirage. De là cette couleur sombre. De temps en temps il en émerge, ouvre les yeux face au jour et se met à pousser des cris stridents. Alors le médecin pose la main sur sa tête et le repousse aussi loin qu'il peut. A intervalle régulier des bulles d'air montent à la surface qui, en éclatant produisent des « bon !» et des « aimable » et « merde ». De tout temps l'homme voudrait qu'on lui raconte une histoire et qu'il puisse tout comprendre. Ce n'est pas avec quelques « bon! » et quelques « voyons voir » qu'il peut tisser une histoire. L'homme dans le cirage doucement s'étouffe. Des flammèches phosphorescentes retombent dans l'air à côté des bulles éclatées. Elles emportent avec elles un morceau d'oeil ou d'oreille. Une curiosité de cendre pour cet animal souterrain. L'homme craint la mort plus que la vie, il aime à s'ennuyer, il ne sait pas choisir entre ce qu'il ignore et ce qu'il désire. Il tient un parapluie à l'arrêt d'autobus. Il regarde l'accident de voiture se produire sous son nez. Il s'agite. Il fonde une famille, sous l'oeil du médecin. La main repousse la tête aussi loin qu'elle peut, jusqu'à l'épaule. Il descend soigneusement, marche après marche, toujours craignant de glisser.
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