30.09.2009

293. pipi dessus

 

 

Le président de la République, lui aussi, se fait parfois pipi dessus.
Mais lui aussi, le nourrisson déploie parfois des trésors de démagogie.
Et mieux qu'un président quelconque, l'ivrogne organise l'univers à sa guise.
Et n'importe quel incontinent du verbe joue avec l'arme atomique.

 

 

28.09.2009

292. L'homme sans réseaux croise Molloy

 

 

 

« Si nous nous voyions membres d'un immense réseau, c'était sans doute aussi en vertu du sentiment très humain qui veut que le partage diminue l'infortune. Mais à moi tout au moins, qui savais écouter le fausset de la raison, il était évident que nous étions peut-être seuls à faire ce que nous faisions. Oui, dans mes moments de lucidité je tenais cela pour possible. Et pour ne rien vous cacher, cette lucidité atteignait parfois une telle acuité que j'en venais à douter de l'existence de Gaber lui-même. […] Mais je n'étais pas fait pour la grande lumière qui annihile, on ne m'avait donné qu'une petite lampe et une grande patience, pour la promener dans les ombres vides. J'étais un solide, parmi d'autres solides. »

(S. Beckett, Molloy)

 

« En tant que solide, entièrement caché là où j'apparais. En tant que solide, niant l'immatériel. En tant que solide, jouet de forces qui me catapultent à travers les liens du temps et de l'espace, à travers les membranes visqueuses du siècle, qui forcent le passage et me forcent à renaître aussitôt qu'un animal stupide m'abouche à sa bêtise, à renaître avec ou sans un bruit, l'impact discret, au moins, d'un moucheron contre un monolithe. »

 

 

27.09.2009

291. littérature

 

 

"Il croit que la plume est une arme et le B52 un merveilleux moyen de s'envoler. Il croit en la littérature. Il fait la roue contre, tout contre, l'oiseau du Mal, qui chatouille son menton imberbe."

 

 

26.09.2009

290. la dent creuse

 

 

La dent creuse de l’homme sans réseaux sonne mécaniquement à dix-neuf heure : voici l’heure où l’on cesse de voir clairement, l’heure où la peur sonne. L’homme sans réseaux s’absente je ne sais où. Il n’y a rien, de toute façon, ni saints ni démons, personne à railler ou pourfendre.

 

J’ai commencé l’opium à huit ans le matin. J’écrivais des saynètes, des parodies. A dix-neuf heure, l’effet s’estompait. Je pleurais dans mon lit de bois. Je cherchais comment rester exemplaire. Je cherchais des prises dans les apparences décousues, ce lit, ce jouet, cette médaille. Les sons de la rue volaient à travers la pièce.

 

Quand la nuit s’était installée, je ressentais quelque honte à regretter tout ce que je détestais. Je cessais de pleurer parce que j’étais fatigué. Je m’endormais sans avoir rien résolu.

 

 

21.09.2009

289. (suite)

 

 

"Vaporisée en l'air, elle révèle les pellicules de nuit tombées sur nos épaules."

 

 

20.09.2009

288.

 

 

"Compactée dans le thorax, l'expression mange l'humain et l'animal en moi."

 

 

19.09.2009

287. le sens des départs

 

 

"Les trois hommes cagoulés étaient au bord des larmes et cela éclairait, comme des trous bleutés sur une banquise, le vertige frémissant de la séparation."

 

 

17.09.2009

286. "je me regardais..." (suite)

 

 

 

"Je me regardais très gaiement dans le miroir. Je ne changeais pas d'expression. Je n'avais d'expression qu'en dehors du miroir. La journée je n'écoutais ni la maîtresse ni ma mère, ni ces huit cousins qui allaient et venaient vers des projets obscurs, des scènes que je me représentais très bien, qui traversaient la maison, interpellaient des absents, complotaient au téléphone. J''étais avec eux, j'étais eux. Quand nous sortions les rues me paraissaient trop étroites, propres, neuves, comme des objets de supermarché, c'était la ville et je voulais la connaître toute entière, dans ses recoins, ses trappes, caves. On me disait que je n'y viendrais jamais, que je resterais hébété, sans travail, je me tairais. Le chien passait en battant l'air de sa queue. Je n'y viendrai jamais, je ne serai rien, comme un chien, un chien qu'on ne voit pas, qui passe en baissant la queue. Le chien me regardait. J'étais avec lui, tout jeune chiot, divorcé de la réalité absconce. Plus j'accumulais de l'amour, plus je me sentais violent et invincible. Je me représentais la vie comme un choc, l'impact d'une arme à feu, le tonnerre et je la regardais produire du sang dans mon assiette et je l'aimais."

 

 

15.09.2009

285. alchimie

 

 

 

"Souvent il faut jeter une pièce d'argent dans la fontaine du village pour que le soleil émerge enfin, ouvre les vallées devant vous et vous laisse fuir le tas de mensonges entreposé dans le sommeil d'une jolie fille courageuse qui vous décorait d'or durant la nuit. Une pièce d'argent achète le soleil et les vallées. Une pièce d'argent dans la fontaine, pour perdre l'or."

 

 

14.09.2009

284. si c'est des fragments

 

 

 

Avec ceci de particulier qu'il oubliait tout de ce qu'il. Si c'est des fragments que tu veux. Vivait depuis peu dans un monde confus. J'ai rencontré beaucoup d'hommes, je ne sais plus. Je perds la notion. Il se fâcha même avec les animaux dont l'apparition incongrue dans ses textes était purement alimentaire, soi-disant et extrêmement vaine. Tout semble bien réel. Et vraiment tu t'en fous.

 

 

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