28.09.2009

292. L'homme sans réseaux croise Molloy

 

 

 

« Si nous nous voyions membres d'un immense réseau, c'était sans doute aussi en vertu du sentiment très humain qui veut que le partage diminue l'infortune. Mais à moi tout au moins, qui savais écouter le fausset de la raison, il était évident que nous étions peut-être seuls à faire ce que nous faisions. Oui, dans mes moments de lucidité je tenais cela pour possible. Et pour ne rien vous cacher, cette lucidité atteignait parfois une telle acuité que j'en venais à douter de l'existence de Gaber lui-même. […] Mais je n'étais pas fait pour la grande lumière qui annihile, on ne m'avait donné qu'une petite lampe et une grande patience, pour la promener dans les ombres vides. J'étais un solide, parmi d'autres solides. »

(S. Beckett, Molloy)

 

« En tant que solide, entièrement caché là où j'apparais. En tant que solide, niant l'immatériel. En tant que solide, jouet de forces qui me catapultent à travers les liens du temps et de l'espace, à travers les membranes visqueuses du siècle, qui forcent le passage et me forcent à renaître aussitôt qu'un animal stupide m'abouche à sa bêtise, à renaître avec ou sans un bruit, l'impact discret, au moins, d'un moucheron contre un monolithe. »

 

 

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