31.08.2009
275. les ponts
Chaque fois que j'essaie de réfléchir intelligemment à l'homme sans réseaux, une tuile tombe d'un toit, un hippopotame charge ou la cafetière siffle. Chaque fois qu'un être intelligent aborde le sujet avec moi, c'est la même chose : je vois défiler des nuées de sauterelles dans son dos. Quelque chose dans tout cela me semble défectueux, mais comme piégé. J'ai bien l'impression qu'on a fait sauter les ponts derrière nous.
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30.08.2009
274. symptômes de l'insomnie
La simplicité paraissait notre pire cauchemar.
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28.08.2009
273. la souffrance
Ce n'était pas comme une vilaine carie, bien sûr, ou comme une crise d'appendicite, c'était même incomparable. Mais la visite de n'importe quel musée lui causait un genre de petite souffrance, quelque chose d'obscure. Il lui semblait continuellement haleter. Etre en nage. La peau du dos irritée. Ou comme si un animal domestique était mort.
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27.08.2009
272. L'homme sans réseaux croise le réel
"Les images transpirent, exhalent des significations, des connotations psychologiques, des incitations à l’action qui vont de l’engagement à la débauche. Les choses, elles, ne sentent rien. C’est un des privilèges de leur idiotie."
(Clément Rosset, Le réel, traité de l’idiotie)
"C’est ainsi qu’un chat, glissant à l’intérieur d’une grange par le jour d’une vieille porte, trouva là-dedans un silence éclatant, extraordinaire, de ceux qui précèdent les massacres, quand personne encore n’a retrouvé les corps et qu’ils n’attendent plus rien, nus dans leur pose obscène. La raideur sans témoin des choses, le chat la renifle, la gratte, marche éventuellement dessus. Elle n’est pas l’apanage de la vie ou de la mort, mais glace chaque instant de l’univers."
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26.08.2009
271. l'image
Parce que devant son miroir il ne voyait encore une fois qu'une image, le gamin résolut d'être enfin patient et d'attendre quatre-vingt neuf ans pour se connaître. Malgré tout, c'était long. Vertigineusement comparé à cette image, il lui sembla bien que, vivant ou mort, il resterait d'une certaine façon figé sur le tain. A quoi bon appeler maman ? A quoi bon écraser des mouches ? Il savait qu'il reviendrait avec cette même image d'aujourd'hui, exactement la même, hanter cette glace un autre jour et peut-être beaucoup plus tard.
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24.08.2009
270.
Revenu d'exil, il posa ses valises dans le salon et entra dans sa chambre. Il découvrit que sa chambre était blanche. Il s'assit sur le lit. Il ne savait plus que les murs de sa chambre étaient blancs. Vers dix-sept heures quinze, il se donna la mort en se jetant par la fenêtre, peut-être à cause de cet oubli ou à cause de cette couleur.
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20.08.2009
269. la cible
Il assembla lentement le fusil-mitrailleur, puis s'assit sur le lit.
Ne restait plus qu'à examiner les deux croûtes accrochées aux murs: une maison dominant la mer ainsi que "le jardin de Monet", lignes de couleurs criardes assorties de touches grossières figurant des fleurs. Etait-ce possible ? Quelqu'un avait-il vu ça, en quelque époque que ce soit ? Vu ça pour le peindre ?
Il se dit que l'homme était bel et bien une mécanique démontable et, bientôt, la cible apparut dans le viseur.
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19.08.2009
268. ville déserte
"Les îles au fond, toutes les îles du monde, ne sont que cela : froissement de foules, vacarme métallique, fourmillière.
Et chacun rêve d'une ville déserte où s'établir et goûter la paix du temps."
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18.08.2009
267. interlude 11.
Jamais vu newyork
mais je connais déjà
je sais ce qui se trouve
dans la main de l'homme qui ne m'y attend pas
nul besoin d'eux.
je veux marcher dans les bois
veux parler de la mort
partir en friches
la vie déjoue, moi là
seul en face
le sang des veines dispense d'orgueil
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14.08.2009
266. la vie
N'ayant nulle part où aller, il prit la première à droite, encore à droite après le bureau de tabac, à droite au rond-point puis la contre-allée montant sous des platanes, comme on lui avait dit. Alors il redemanda son chemin. Ça n'était pas une vie mais enfin ça n'était pas une vie plus idiote qu'une autre.
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