31.07.2009

258.

 

 

 

"Aujourd'hui. Je ne crois même pas qu'écrire puisse donner des nouvelles de mes vacances, je ne crois même pas qu'écrire fasse tomber le soleil dans mon assiette, je ne crois même pas qu'écrire change l'ordre de mes doigts."

 

 

30.07.2009

257. souvenir 16

 

 

"Nous ennuyions vite.
S'il nous arrivait, pour quelques heures, d'être livrés à nous-mêmes, une effroyable fixité nous enveloppait. Je faisais bonne figure. J'essayais d'inventer des raccourcis. Elle m'épiait, son attente pesait sur mon dos. Je réfléchissais. Je pensais. Il n'y avait que des verbes, conjugués, transparents, qui faisaient des mouvements dans l'air à destination des objets. Des verbes déséspérés. Périr, je me disais. M'évader, une échelle de corde. Les poteaux verts de la balançoire. Elle faisait mine de se détourner avant de revenir planter ses deux yeux noirs droits dans mes yeux. Je lui donnais deux verbes."Je m'en fiche" répondait-elle cruellement. Et c'était des détours, des retours, des doubles noeuds pour terminer le moindre quart d'heure.
Tant et si bien qu'ici je nous vois, que d'ici je nous vois, répétés pour rien, miroirs de gamins déglingués, miroirs l'un pour l'autre avec ce hochet, cette carotte en décomposition qui suinte sur l'âme : nous y sommes encore."

 

 

28.07.2009

256. imbécile

 

 

"L'auguste imbécile commente à voix forte la pousse de ses ongles et, comme si c'était aussi simple, prédit l'avenir des sociétés. Pour ne pas ronger ni prédire, je ferme le poing dans ma poche, je siffle de toutes mes forces. De temps en temps cela fonctionne : l'avenir se courbe et griffe l'imbécile."

 

 

27.07.2009

255. tâches

 

 

Deux tâches bleues apparurent sur les mains du mort, qui prirent la forme de la Corse et d'une tête de cheval. Elles se transformèrent ensuite en Albanie et en poêle à frire. Puis en sexe d'homme et en Uruguay. Ensuite on se désintéressa complètement de lui.

 

 

26.07.2009

254. destin de la terre

 

 

"Couchée dans le moule de sel où couchent d'autres flocons, j'attends que la nuit me noie, que le soleil m'absorbe ou que l'homme m'étrangle. Et je roule en moi pour rencontrer ma chance."

 

 

25.07.2009

253. l'océan

 

 

L'océan est plein de poussière, plein de champs d'oliviers et plein d'eau.
Des mouches tournent autour, attendant qu'il s'écroule.
L'heure vient. Contrôle antidopage.

Celui qui voit tout cela fléchit brutalement les genoux et des hordes de mensonges moirés se répandent sur l'asphalte. Sauf un qui, aspiré dans le sillage de la Ford, nous rejoint pour tailler la route.

 

 

22.07.2009

252. la foule

 

 

"La crainte de la mort et la joie de l'instant circulent entre les êtres solitaires de la foule qui avance. C'est une tradition, ici. Personne ne songerait à cultiver de simples affinités. Chacun ignorant, chacun présumant ses doubles, chacun refusant de se connaître, de peur d'avoir à se séparer."

 

 

 

21.07.2009

251. l'homme sans réseaux croise K.

 

 

"Il ne songea qu'à l'inutilité de sa résistance. Il n'y avait rien d'héroïque à résister, à causer des difficultés aux deux messieurs et à chercher en se défendant à jouir d'un dernier semblant de vie. Il se mit en marche, et la joie qu'en éprouvèrent les deux messieurs se refléta sur son propre visage."

(F. Kafka, Le Procès)

 

"Le chemin part au-dessus du village où trois fenêtres à peine restent éclairées. Puis il disparait dans l'obscurité et les trois hommes continuent à monter au milieu des bruyères. Des grandes nébuleuses roulent à l'est. Le silence se trouble puis revient. Un petit air.
K. n'aime pas se satisfaire des choses niaises. Mais rien n'entrave plus à présent la liberté de monter, serré entre les deux messieurs, serein et loin de tout, vers le fil de métal argenté. Tous trois halètent en grimpant, on dirait des rires."

 

 

20.07.2009

250. ma femme

 

 

"Ma femme dort dans le centre du centre de la terre. Elle utilise ses doigts de pieds pour peindre les péripéties de ses rêves : de là les formes échevelées qui tapissent le centre du centre de la terre. De temps en temps, elle lève le poing puis l'abat sur un banquier ou un publicitaire, bref un de ces rongeurs qui bourdonnent dans les trous. Au printemps, elle sort une oreille et elle écoute.
Parler d'elle me fatigue à un point tel que je penche en marchant et je barre toute la largeur du trottoir – les gens que je croise me regardent vilain en posant un pied sur la route – je me demande si c'est une bonne idée, si c'est encore un effet de l'alcool ou s'il faut retravailler ce que j'ai à dire d'elle pour être au clair avec ce qu'elle daigne me laisser comme volume et comme perspective. Je me demande."

 

 

19.07.2009

249. désolation

 

 

 

Quelques jours après Pâques. Sur les hauteurs environnant Philadelphie, un petit cousin du Christ chemine.

La pierre : -poc
Le cousin du Christ :-Aïïeeeputaindebordeldemerde!!!
La pierre : ...
Le cousin: ...

 

 

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