30.06.2009
237. souvenir 15: l'heure du détachement
"J'évoluais dans l'heure tardive du détachement.
Des pierres et des têtes s'enfonçaient lentement vers le fond.
Elle apparut entre deux eaux et l'ondulation de son souvenir me rappela à la vie.
Je me dis que j'en suis là, pourtant je n'en reviens pas."
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25.06.2009
236. les morts jeunes
"Je connais des morts très jeunes. Pas ressemblants pour un sou au cliché du vieux mort moisi. Non, eux continuent qui à bâtir sa cathédrale, qui à chasser du mammouth, qui à consulter ses blêmes patients. Ils font plaisir à voir, ils rassurent en un sens. Ils profitent. Volontiers ils méditent à la belle l'envol timide des premiers pollens. Ce genre-là. Ou prosaïquement une rasade de lumière du mois d'août.
Depuis longtemps ils n'ont pas vu de vaches, alors ils s'étonnent de ce rond avachissement dans les prairies. Qu'est-ce qu'ils bouffent, mes morts ! Une prédilection carnassière, les os et tout, c'est pas croyable. La bouche pleine ils parlent leur langue bizarre de mort. Je les écoute avec plaisir quand ils s'installent à ma table. Je ne comprends rien mais leurs paroles sonnent à mon goût : un exotisme compliqué, des tournures invraisemblables, pleines de rires.
A quoi bon les craindre ? Ils m'occupent des après-midis et je me familiarise vite. Ils me trouvent précoce, doué, je suis un peu le protégé. Ils me flattent et alors je regrette peu les vivants. Je me dis qu'ils connaissent aussi bien que les autres ce qui est bon et beau. Le regard vide de la vache, nous nous y perdons, c'est un délice."
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24.06.2009
235. l'homme sans réseaux croise Zarathoustra
"Je suis Zarathoustra l'impie. Je mets tous les hasards à mijoter dans ma propre marmite. Et quand ils sont bien cuits, je déclare qu'ils sont excellents, car ils sont plats de ma cuisine […].
Mais à quoi bon dire ces choses si personne n'a mes oreilles pour entendre ! Je le crierai donc à tous les vents : vous rapetissez à vue d'oeil, vous les humbles ! Vous vous désagrégez, amateurs de vos aises!"
"Un couteau noir de rouille fiché dans une porte à l'entrée d'un bouge perdu en plein désert sous la cloche suante du ciel dans l'oeil de midi : juste ce qu'il fallait pour ma recette.
Grâce à lui je coupe les files d'attentes au marché du samedi matin. Je ne dis ni pardon ni merci ni merde je cours aux pommes je ne paie pas je ne prépare rien je ne mâche rien je gobe je ne digère pas et j'attends – que pousse l'arbre."
21:03 Publié dans L'homme sans réseaux croise.... | Lien permanent | Envoyer cette note
23.06.2009
234. sous l'arc...
« Sous l'arc bleuté du lance-flammes dansent les petits êtres qui trouvaient l'époque ennuyeuse »
(L'homme sans réseaux, badin, dans son torchon de soie)
20:56 | Lien permanent | Envoyer cette note
22.06.2009
233. Trois rêves la même nuit !
-Il écrit qu'il ne faudrait plus écrire. Il gueule qu'on se taise enfin. Il mange sa langue.
-Peau blanche peau grasse, il soutient que l'enfance est une crème à passer toutes les heures.
-Sur la pelouse, moins hauts que les brins d'herbe, les golfeurs inspectent l'univers.
Trois rêves la même nuit !
23:32 | Lien permanent | Envoyer cette note
19.06.2009
232. les voix
Je regrette l'extinction des voix
ou je prie pour l'extinction des voix
Je ne m'entends plus regretter ni prier ni rire : entre ma gorge et mes oreilles, des chats sautent sans s'arrêter.
J'attends le peintre qui les chasse.
19:22 | Lien permanent | Envoyer cette note
18.06.2009
231. souvenir 14
Il regarde en arrière :
Je regrette cette fatigue d'antan qui me faisait coucher sur la banquette arrière du premier break venu et déposer kilomètre après kilomètre des yeux vides sur le ciel d'Europe – les mains me brûlent encore.
Il regarde en avant :
Je regrette l'extinction des routes.
18:20 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Envoyer cette note
17.06.2009
230. pauvre vie
Une tranche saignante de ma pauvre vie...
| 1985-1986 | Moyenne maternelle |
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| 1986-1987 | Grande maternelle | Grosse fête de l'école |
| 1987-1988 | CP | Merde au cul – la grande vadrouille (1ère fois) |
| 1988-1989 | CE1 | Ceinture verte de judo |
| 1989-1990 | CE2 | Mme B.: échec sentimental |
| 1990-1991 | CM1 | Mme F.: échec sentimental (trop exigeante), ceinture bleue de judo |
| 1991-1992 | CM2 | Mme D.: échec sentimental et sexuel |
| 1992-1993 | 6èmeF | Ma confession tourne mal |
| 1993-1994 | 5èmeG | Appendicite |
| 1994-1995 | 4èmeF | Dieu s'éteint lentement - la grande vadrouille (6ème fois) |
| 1995-1996 | 3èmeF | Parution des huits premiers volume de mon autobiographie. |
| 1997-1998 | Seconde | Envie de crever – peu à peu j'aime les huîtres |
...afin de me mettre en conformité avec l'Inspection Générale des Blogs.
20:36 Publié dans Commentaires | Lien permanent | Envoyer cette note
16.06.2009
229.
Parfois, l'homme sans réseaux s'écoute parler avec tant de complaisance, tant de fascination qu'il finit par se taire.
Quand il se tait, alors, nous l'écoutons.
20:12 Publié dans la note sans titre | Lien permanent | Envoyer cette note
15.06.2009
228. chômeurs (11)
"Pont Lafayette, plus que jamais la lumière arrose goulûment les toitures et liquéfie la poudre rosée qui stagnait en aval. Je ferme les yeux. Les rouvre. Passe un groupe de businessmen asiatiques en visite, les costumes noirs tortillent en file pour m'éviter sur le trottoir du pont. Le détachement, l'intense sectionnement du corps du monde rayonnent à nouveau dans cette esquive. Indiens, indiens. Nous avons tous des armes pleins les poches."
18:00 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note


