25.06.2009

236. les morts jeunes

 

"Je connais des morts très jeunes. Pas ressemblants pour un sou au cliché du vieux mort moisi. Non, eux continuent qui à bâtir sa cathédrale, qui à chasser du mammouth, qui à consulter ses blêmes patients. Ils font plaisir à voir, ils rassurent en un sens. Ils profitent. Volontiers ils méditent à la belle l'envol timide des premiers pollens. Ce genre-là. Ou prosaïquement une rasade de lumière du mois d'août.

Depuis longtemps ils n'ont pas vu de vaches, alors ils s'étonnent de ce rond avachissement dans les prairies. Qu'est-ce qu'ils bouffent, mes morts ! Une prédilection carnassière, les os et tout, c'est pas croyable. La bouche pleine ils parlent leur langue bizarre de mort. Je les écoute avec plaisir quand ils s'installent à ma table. Je ne comprends rien mais leurs paroles sonnent à mon goût : un exotisme compliqué, des tournures invraisemblables, pleines de rires.

A quoi bon les craindre ? Ils m'occupent des après-midis et je me familiarise vite. Ils me trouvent précoce, doué, je suis un peu le protégé. Ils me flattent et alors je regrette peu les vivants. Je me dis qu'ils connaissent aussi bien que les autres ce qui est bon et beau. Le regard vide de la vache, nous nous y perdons, c'est un délice."

 

 

Les commentaires sont fermés.