30.04.2009

199. souvenir 12

 

 

"dans les bulles ayant chu - je quittai mon propre ventre – un matin de guerre - pour reprendre pied sur la terre savonneuse – la terre grasse – la civière – d'une vie de bureau
- l'effroi glissait avec le reste - je finirai, me dis-je, par arriver quelque part - et en effet - mais non - je cherche - cherche  - cherche - mais non"

 

 

29.04.2009

198. naissance

 

 

"« Ce que je voudrais juste dire – disait l'enfant sans bouger son bras levé – c'est que quand on m'abandonne, je regarde autour de moi ».
Le maître passa à autre chose sans comprendre « je regarde autour de moi », sans entendre ce délassement profond, ce recul, ce soulagement qui enveloppe et, dans la perte soudaine, cette naissance aux vibrations du sensible. Cette découverte : l'être, l'être désordonné, l'être sans liens. Qui se fie exclusivement à l'une des lignes invisibles tracées par son esprit, sous les surfaces."

 

 

28.04.2009

197. le programme

 

 

Dans le répertoire de ses secondes libres et de ses secondes occupées (« penser au vent », « lever le nez »,« ressentir l'aigre du vin », « faire un pas en avant ») l'homme vit la seconde de son suicide (« sauter cette vie ») approcher. Il nota dans une seconde intermédiaire libre (« reluquer ») ce qui était curieusement inscrit dans une seconde postérieure à celle du grand saut (« laisser planer un doute ») et inscrivit depuis celle-ci un renvoi vers celle qui venait de s'écouler ( « programmer mieux »). Alors, librement, il soupira.

 

 

27.04.2009

196.

 

 

« On marche sur la tête !» cria l'homme sans réseaux à l'employée des postes qui refusait de lui délivrer un tampon.
Croyant à un hold-up, tous les clients se retrouvèrent la bille sur le carrelage et commencèrent à avancer par cercles concentriques à l'intérieur de l'agence. Certains restaient bien droits mais peu à peu les faibles et les chauves chutaient, la tête étant malgré tout mal faite pour marcher.

 

 

24.04.2009

195. le pont

 

 

Pont de l'Université:

"-Et quel est le thème aujourd'hui ?
-C'est moi, c'est encore moi.
-...
-...
-Alors je vais encore parler de l'incident absurde quand cette femelle chimpanzé du zoo de Belgrade
-Inspire-toi du pont.
-Je m'en fiche.

Certaines nuits des triangles bleus ou verts brillent sous la surface du Rhône. Je m'arrête et les regarde. Qui qu'ils soient, je pense qu'ils signifient quelque chose: ils se donnent du mal pour exister, vacillent avec le courant, s'éteignent et ressuscitent. Je pense à ce qui subsiste de beauté dans les religions. Mes rares raisons de croire ont cette forme rectangulaire et ce scintillement. Qu'on me les vole, qu'on me les ausculte, elles persistent dans cette sous-vie liquide. Passage et dispersion."

 

 

23.04.2009

194. L'homme sans réseaux croise Paolo Uccello

 

 

 

"Paolo Uccello est en train de se débattre au milieu d'un vaste tissu mental où il a perdu toutes les routes de son âme et jusqu'à la forme et à la suspension de sa réalité.
Quitte ta langue Paolo Uccello, quitte ta langue, ma langue, ma langue, merde, qui est-ce qui parle, où es-tu ? Outre, outre, Esprit, Esprit, feu, langues de feu, feu, feu, mange ta langue, vieux chien, mange sa langue, mange, etc. J'arrache ma langue."

(A. Artaud, L'Ombilic des Limbes)

 

"Processus de gentrification de l'Esprit par lequel je ne soupçonne même pas mes mains de me mentir : la douleur coule dans l'oreille, insidieuse, stratifie et forme des nappes puis brûle en dégageant cette bonne chaleur qui fait ma stupidité, cet élan de mes mains, du mensonge des mains approuvant la cueillette des fraises, la chaîne de montage et Schubert – « Peintre ! Peintre ! » hurle une nuée de mioches haineux, je recule d'un pas, plus près du vide, je cherche des témoins, je pleure maintenant, je vois de loin mon corps ployé, mes genoux à terre, mes mains jointes, mon corps grotesque implorant, et là-dessous écrasé, mon esprit qui, crevant, continue à voussoyer la foule, à roter des virgules, des points sur les i, des lettres, des regrets, des espaces : des espoirs."

 

 

22.04.2009

192. souvenir 12

 

 

la lune jettait des ombres de nuages à travers les baies du gymnase éteint. Antine sur l'autre continent ne pensait pas à moi. le parquet courbait le dos et grognait sous mes pas. nous nous maintenions. dans mon esprit je chassais le tigre et l'autruche, à l'affût sous un abri de paille. je voyais de drôles de raisons de tout arrêter. des lueurs. lâcher prise mais retenir enfin la belle gorgée d'air inspirée

 

 

21.04.2009

192. congrès

 

 

"comme tous les congrès, congrès d'homme las, qui rongent leurs ongles, parlent de leur chemise, déguisent en ordre du jour l'objet de l'ennui véritable, font passer sous la table des photos de jeunes filles, des cartes à jouer, chuchotent l'heure et supposent que leur mort ne les attend pas ici, d'une manière ou d'une autre, pour sceller à leur cravate l'air policé qu'ils prennent en défaisant une à une les petites urnes de glaire blanche qui tapissent les rougeurs de leurs avant-bras"

 

 

19.04.2009

191.

 

 

Descendant de l'avion sur un continent neuf, déjà la bourrasque me jette en l'air, déploie si bien mes ailes qu'à l'instant où mon gros orteil tâte la poussière des latérites locales succède immédiatement celui où je tourbillonne à cinquante mètres du sol, évanoui dans une turbine ascensionnelle, un divin souffle chaud qu'accélère le battement du coeur. Infiniment plus aérienne que l'avion: la bicyclette.

 

 

18.04.2009

190. chez le marchand

 

Chez le marchand:

"Je me passe d’eau je me passe de télévision de lampe à huile de minitel de matelas d’imprimante d’ampoule basse consommation de skis et d’arrosoir
je me passe de couteau suisse de gps de chaussures d’amygdales
je me passe de compagnie aérienne de trottoirs de compagnie humaine de pain de musique de bruit de machine à coudre
je me passe de temps me passe d’espace me passe d’eau
- il me faut un long fil qui traverse mes poings fermés le long duquel je me déplace pieds dans le vide."

 

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