27.02.2009
162. l'improvisateur
tombèrent pelle-mêle de son sac à dos un flingue, des disques, une chemise, une volée de marque-pages, des poussières indescriptibles, cinq ou six poignées de terre noire et tout cela se déversait sur le bureau en métal comme l'univers encore vivace d'un être qui avait toujours laissé le moins de place possible à l'organisation - parce qu'ayant craint d'étouffer il avait cherché l'air dans toutes les chausse-trappes du monde jusqu'à se prendre les pieds dans son plus beau souvenir et revenir là où il ne fallait pas revenir, rencontrer enfin la belle rafale rouge qui l'attendait et griller quatorze jours avant qu'un gitan découvre son cadavre noirci au soleil, banane trop mûre et joyeux dans la mort – enfin marié au souvenir qui faisait voile en lui, soulagé, soldé, quitte et le flic soupira – ce genre de meurtre, dites-moi que ça n'existe pas, c'est pour nous foutre au chômage...
pas l'ombre d'un mystère. raide flingué par une institutrice de vingt-cinq berges qui, sous le doux prénom d'Antine, enseignait à cette heure le mouvement des astres à des innocents.
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26.02.2009
161. le mort
"Le lever de soleil me manque, disait le mort, après quoi les tortellinis et ProEvolutionSoccer6." Il ne se souvenait déjà plus de nous.
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25.02.2009
160. malgré le froid
"Malgré le froid, la faim, les loups, la mort qui prennent d'assaut mon canapé, je ne regrette pas l'époque où je ronronnais nu dans les replis moelleux de la steppe."
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24.02.2009
159. hara-kiri
D’un coup de sabre il ouvrit grand le ventre du paysage. En avalanches mauves celui-ci dégoulina dans la machine, boucha ses circuits rouillés ses disques ses trappes ses engrenages, recouvrit ses écrans ses touches ses boitiers noirs et les petits hommes sortirent en zigzag, trébuchant, hurlant, moulinant une course dérisoire contre la matière – ils étaient morts depuis longtemps – tandis que d’énormes sioux s’asseyaient sur la fourmillière. A l’autre bout de la forêt, il s’écroula dans l’enivrante odeur de bolets et de bois mouillé.
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158. littérature
Lignes traçées sur le miroir, dans les toilettes du rade :
" écrire pour chier du présent
écrire pour gagner plus
écrire pour vivre
écrire pour fouetter une force"
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22.02.2009
157. le petit homme petit
Les morts sont calmes tandis que les mortes continuent longtemps à bavarder. On les suit dans la boue du cimetière, on les écoute. On passe la porte avec elles. On passe juste un œil mais suffisant pour apercevoir leur traîne qui s’effiloche. Un courant d’air souffle, elles s’éloignent, la porte nous claque sur l’œil : naissance d’un borgne. Naissance d’un ogre. Naissance d’un petit homme petit.
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20.02.2009
156. l'agonie d'une femme
L'agonie d'une femme glisse sur les cuivres de la cuisine, se propage sous la céramique, attaque mes moindres pensées. Je la sens là qui meurt, toute proche, son sang qui bleuit, les rafales nerveuses au bout des ongles. Je sens ses proches épouvantés autour du lit qu'elle souille de mort. J'hésite à me servir ce jus de citron. En même temps, sinon un plaisir, c'est assurément une jubilation que de développer l'intuition d'un tel froid: cette femme qui meurt distend l'espace aux proportions cosmiques de ma faim et ma nullité. Elle ressemble à toutes celles que ma vie croise. Dont, à distance, j'observe maintenant le repli calme sur le rebord des fenêtres, recouvertes par les cris du courant.
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19.02.2009
155. partage
« Je me disais que nous viendrons vite à bout de la question du partage social de l'ennui – par exemple nous logerons dans des kolkhozes mûrés de flux rss et de compétitions de patinage artistique, mangerons italien et expliquerons journellement l'intérêt d'internet aux écrivains à plume. »
Voilà ce que se disait l'homme sans réseaux en même temps qu'il cassait ses quatre murs à la masse. Derrière il trouva une rue, une belle fille, et il les suivit.
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18.02.2009
154. les neufs vies
A l’âge de six ans, sur l’injonction d’une institutrice, il s’était concentré cinq minutes.
Treize mille nuits dans les fossés, neuf cent maîtresses, quarante-et-une apostasies : il lui avait fallu neuf vies ensuite pour se déconcentrer complètement, étalonner au long des joies et des peines les strates compressées de son admiration du monde.
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16.02.2009
153. vanité
"Tout est vanité disait le type avec un air d'importance sidérant, à quoi l'homme sans réseaux répondit non, moi je fixe pour l'éternité mon manteau sur cette patère et je sais qu'en dépit du vent de l'érosion des pluies, en dépit de l'implosion annoncée du soleil ma forme s'y est moulée tandis que j'escaladais le ravin - d'en haut la rivière étincelante éteignait par avance l'incendie, déployait dans ses vasques le lit moelleux de ma chute avec une grande femme noire aux lèvres pinçées sur des tiges de papier qui brûlaient plus fort et loin qu'aucun soleil - malgré tout je porte encore ce vêtement je tiens encore sous les ongles des grains de terre – douleur et plaisir mêlés comme une drogue généreuse, nul ne pourrait me convaincre qu'il s'agissait d'un leurre. je te regarde en face et je dis encore non, moi je fixe en face l'oeil ouvert des choses sensibles qui invite à détruire, à détruire et renflouer de sel nos pantalons vestes manteaux nos chemises tout ce coton qui nous soutient et soulève nos squelettes mous dans les rejets d'azote"
22:44 Publié dans les Dialogues | Lien permanent | Envoyer cette note


