30.01.2009
145. L'homme sans réseaux croise Ibycus
« Sur la table, se dressait une tête humaine. Les paupières fortement plissées. Masquant la raie, inclinée sur l'oreille – une couronne. Barbiche, moustaches... "A qui appartient cette tête, elle me dit quelque chose...Mais c'est la mienne !"
Un frisson de fièvre lui secouait les épaules. N'était-ce pas encore Ibycus le maudit, qui avait pris son apparence ?...Le comte prisa une autre pincée de poudre. Ses idées prirent leur essor, commencèrent à s'envoler de son crâne. Assise à côté dans son fauteuil, Alla Grigorievna riait sans bruit. »
Alexeï Tolstoï, Ibycus
Au matin le train chahutait dans le brouillard. Il saisit l'Ibycus qui flottait sur la vitre, le plia en quatre et le rangea dans la petite boite à cocaïne. Il jeta celle-ci au fond de son gosier, avala en grimaçant et sourit à Alla qui s'éveillait. Son cercueil gisait dans l'estomac, bien à l'abri des intempéries et des révolutions. Lorsqu'il vit au dehors trois soldats qui déambulaient bière sous le bras, il se félicita de sa prévoyance. Il pouvait commander un journal et se tenir informé du monde : le destin ne fuirait pas. Déjà les perspectives commençaient à s'ouvrir, les rails perçaient la brume et un flot délicieux de paroles s'écoulait de sa bouche hilare.
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29.01.2009
144.
L'homme sans réseaux est le plus sensible des téléspectateurs : cinquante secondes d'un téléfilm sentimental suffisent à le faire rougir, pleurer, attaquer le tube cathodique au marteau et n'y jamais revenir.
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28.01.2009
143. le retour
En entrant sous le tunnel elle affirmait à propos de tel point de Gilgamesh que les scribes n'en fichaient pas une rame avant même que nous fussions ressortis les fonctionnaires dans leur ensemble avaient morflé - « arrêtons-nous » dis-je – je craignais que nous n'allassions beaucoup trop vite et loin – dans le rétro des flammes bleues montaient « pas ici, il n'y a que des machines à café » comme si elle connaissait ce lieu moi ici j'aurais préféré même avant si possible jusqu'à Pise l'escapade m'avait amusé mais depuis Sofia je me posais des questions quant aux finalités - Gilgamesh à présent - comme des saumons dans notre auto pour parler en direction du retour qui s'annonçait long
20:25 Publié dans les Dialogues | Lien permanent | Envoyer cette note
27.01.2009
142. momentanément
Momentanément, il ne me semble pas excessif de dire que ce blog m'empêche de mourir.
A ce rythme-là, je peux tenir dix mille ans.
Non, soyons sérieux: j'écris trop peu pour crever.
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25.01.2009
141. première fugue
Avec son bec il fouillait la poussière, dénichait des pages, arrachait dans ses serres un reliquat de volume écrasé qu'il tenait un instant suspendu au bout d'une patte avant de le relâcher, déçu. Il pointa le bec en l'air aussitôt qu'il sentit ma présence. Depuis trois semaines je marchais à travers cette faune d'écrits répandus, cueillant des oranges et des citrons, flirtant avec les filles des gras exploitant d'orangers, couchant dehors au coin d'un feu, guettant à l'aube les signes d'une mer, un air salin, l'écume ou la silhouette d'un macareux.
Il était là, maigre, hagard, déployant et ployant ses ailes dans des battements incontrôlés. Nous nous observions à trente mètres. Malgré sa misère, malgré sa folie, la beauté du motif recouvrant son plumage me coupa un instant le souffle. Deux servantes coiffées de branches et d'écorces. Puis je me ruai sur l'oiseau. Il lança ce fameux cri qui ressemble à un rot et s'envola. Je suivis longtemps son vol par-dessus les collines. Il semblait trébucher, rebondir sur les parois d'un tunnel invisible et tortueux.
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24.01.2009
140. réagir 3
Les cendres de l’homme sans réseaux s’accrochent puis tombent en bloc du cigare que je fume. A mes pieds une auréole grise. Craignant que nous partions sans eux, les gens courent sur le quai et embarquent à la diable. Un homme maigre surgit en survêtement, titube et vide une canette sur les rails. L’homme sans réseaux pisse mollement et disparaît sous le ballast.
Je ne dis pas que je le connais par cœur, je ne dis pas qu’il est de la famille : assurément une part de moi transite sur ce chantier.
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23.01.2009
139. l'alchimiste
"Sous les fesses du rentier qui dort, l'or deviendra hémorroïde, nécrose et boutons de rêve."
L'homme sans réseaux ne travaille pas, mange des tartes et déraille dans un wagon-citerne plein d'ammoniac jeté à la poursuite du Grand oeuvre.
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22.01.2009
138. présent
Ce personnage, cette grossièreté vivante remonte alors sous la pinède et décharge tous azimuts l'AK47 sorti de son sac de plage. Au bout d'un moment une balle réfléchissante plonge et rencontre un éclat de galet. Machine arrière toute, en pleine poire. Le gros espagnol crache son chewing-gum, tombe et débaroule à quelques mètres de la falaise. Cinquantes secondes de boucan: c'était son âme, le pet de son âme qui s'évapore. Cinquante secondes, rien n'a changé : nous sommes debout dans la pinède et les grillons sifflent et les vagues s'écrasent. Le présent, le bon vieux présent de l'indicatif grésille, il s'en fout du cadavre. Mani me glisse qu'on devrait s'en aller. Je ne sais pas bien, je compte les secondes, il fait beau.
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20.01.2009
137. l'homme sans réseaux croise l'homme aux semelles de vent
HSR: "- Je cherche quelquechose d'aussi droit que ma route, d'aussi clair que la route d'Almuñecar à Malaga, d'aussi droit qu'une chute d'ange, de juste et redondant, débranché mais clair, une maladie superficielle qui irrite, une maladie rigolote, une insomnie à offrir je cherche cela tâtonnant dans le coffre plein des doigts bagués de princes et d'anges. Je tombe sur des horaires de tram, où allais-je déjà dis-je en frappant ma route droite ?
- Enfant, certains ciels ont affiné mon optique : tous les caractères nuancèrent ma physionomie. Les phénomènes s'émurent. - A présent l'inflexion éternelle des moments et l'infini des mathématiques me chassent par ce monde où je subis tous les succès civils, respecté de l'enfance étrange et des affections énormes. - Je songe à une Guerre, de droit ou de force, de logique bien imprévue.
C'est aussi simple qu'une phrase musicale."
(A. Rimbaud, Illuminations)
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19.01.2009
136.
L'homme sans réseaux s'ébroue dans sa coquille du matin. On voit cet oeuf rouler ça et là sur l'assiette et l'on a plus très faim.
09:10 Publié dans la note sans titre | Lien permanent | Envoyer cette note


