30.01.2009

145. L'homme sans réseaux croise Ibycus

 

 

 

« Sur la table, se dressait une tête humaine. Les paupières fortement plissées. Masquant la raie, inclinée sur l'oreille – une couronne. Barbiche, moustaches... "A qui appartient cette tête, elle me dit quelque chose...Mais c'est la mienne !"
Un frisson de fièvre lui secouait les épaules. N'était-ce pas encore Ibycus le maudit, qui avait pris son apparence ?...Le comte prisa une autre pincée de poudre. Ses idées prirent leur essor, commencèrent à s'envoler de son crâne. Assise à côté dans son fauteuil, Alla Grigorievna riait sans bruit. »

Alexeï Tolstoï, Ibycus

 

 

Au matin le train chahutait dans le brouillard. Il saisit l'Ibycus qui flottait sur la vitre, le plia en quatre et le rangea dans la petite boite à cocaïne. Il jeta celle-ci au fond de son gosier, avala en grimaçant et sourit à Alla qui s'éveillait. Son cercueil gisait dans l'estomac, bien à l'abri des intempéries et des révolutions. Lorsqu'il vit au dehors trois soldats qui déambulaient bière sous le bras, il se félicita de sa prévoyance. Il pouvait commander un journal et se tenir informé du monde : le destin ne fuirait pas. Déjà les perspectives commençaient à s'ouvrir, les rails perçaient la brume et un flot délicieux de paroles s'écoulait de sa bouche hilare.

 

 

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