25.01.2009

141. première fugue

 

Avec son bec il fouillait la poussière, dénichait des pages, arrachait dans ses serres un reliquat de volume écrasé qu'il tenait un instant suspendu au bout d'une patte avant de le relâcher, déçu. Il pointa le bec en l'air aussitôt qu'il sentit ma présence. Depuis trois semaines je marchais à travers cette faune d'écrits répandus, cueillant des oranges et des citrons, flirtant avec les filles des gras exploitant d'orangers, couchant dehors au coin d'un feu, guettant à l'aube les signes d'une mer, un air salin, l'écume ou la silhouette d'un macareux.
Il était là, maigre, hagard, déployant et ployant ses ailes dans des battements incontrôlés. Nous nous observions à trente mètres. Malgré sa misère, malgré sa folie, la beauté du motif recouvrant son plumage me coupa un instant le souffle. Deux servantes coiffées de branches et d'écorces. Puis je me ruai sur l'oiseau. Il lança ce fameux cri qui ressemble à un rot et s'envola. Je suivis longtemps son vol par-dessus les collines. Il semblait trébucher, rebondir sur les parois d'un tunnel invisible et tortueux.



 

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