17.12.2008

117.

 

 

En arrière, quatre chevaux broutent et de temps en temps se mordent à l'encolure. Je m'approche du vide. Une autre steppe commence. Le vent me rend nerveux. Savoir que tout cela durera à peine plus qu'une étincelle, savoir que cet instant ne délivrera ni histoire ni secrets enfouis me rend nerveux.

L'homme sans réseaux dort près du feu. Il parle dans son sommeil. Il dit que c'est sans importance, ici ou ailleurs, qu'on ne se prête pas au jeu de l'écriture seulement pour le bénéfice des fascinations qu'elle suscite, qu'au-delà de soi c'est tirer un coup de revolver au ciel : n'importe quelle étendue vide provoque notre sens de l'orientation, met en jeu notre identité, il nous faut fendre la page et espérer retrouver en face de soi la gueule de l'ennemi héréditaire et fendre encore la mort elle-même, se dégager du don, du talent, je-ne-sais-quoi, à la force des mains plier l'espace en huit et l'envoyer bouler dans la corbeille avant de reprendre son souffle.

J'écoute sans y croire. Pour un endormi, il parle trop. La mort continue à m'attrister, je regarde les chevaux qui broutent, la mort continue à m'attrister, pour eux et pour moi.

 

 

Les commentaires sont fermés.