28.11.2008
104. dialogue 3
"Viens par ici, petit chat..."
Le chat vint vers elle.
"Roule", demanda-t-elle au caillou.
Il roula.
"Passe-moi le sel", dit-elle à son mari.
Et son mari hocha distraitement la tête.
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27.11.2008
103. L'homme sans réseaux croise Tête d'or
“Moi-même, je me suis ma table et mon lit.”
(Paul Claudel, Tête d’or)
“Pourquoi l’âme n’a-t-elle jamais de repos, en dépit du paysage, de la joie, de tout ce qu’on veut aimer ?”
La mélancolie qu’il confesse appartient plus que toute autre chose à l’homme sans réseaux. Située loin dans l'oeil, elle le rend unique et fait son malheur.
“Moi, Tête d’or, je me suis mon poison.”
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26.11.2008
102. plumes
Clochardisé, squelettique, il s’était senti riche et gras quand le héron s’était envolé sur la Saône. Intérieurement il se tança. Il s’ordonna encore moins de tout. Moins d’eau, moins de vin. Des plumes, seulement des plumes !
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25.11.2008
101. l'indigestion
“Un tour de toupie sur moi-même, les bras tendus: ce vertige qui me tient c’est d’avoir eu mille et un hôtes qui me ressemblaient tant que je les ai mangés. Je suis une indigestion. Pet à crédit, qui va répétant des définitions de lui."
Puis, se remettant face à la glace:
"Plus je t’ai vu, plus je t’ai aimé et plus je me suis délesté de moi. Effrité, vaporisé en un réseau de particules cendrées discutant de tout et de rien.”
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24.11.2008
100. la guerre
Il dénoua ses baskets et jeta les lacets dans les braises. Il avait chaud à présent. Se relevant, il vit l’alignement des oliviers à perte de vue. Un village, à peine une étincelle au loin. La masse sombre des sierras barrant l’horizon sud. Les étoiles. La vision le tenait debout, ligoté encore, ravivant les souvenirs de la guerre. Et l’excès de beauté lui fit mal sans qu’il puisse ni désire s’en arracher.
18:21 | Lien permanent | Envoyer cette note
21.11.2008
99. interlude 6
Cette fois sur l'air de l'Ave Maria de Bach...
"Ce petit a bien mauvaise mine
la vie n'est pas belle
il a marché sur une mine
antipersonnel
En effet, depuis il n'est plus
personnel du tout
triste comme une goutte de pluie
une bouche d'égoût
Il travaille sur la rime impaire
et sur l'orpheline
lui qui n'a pas connu son père
c'est pire que l'usine
Puis sa démarche est ridicule
il n'a qu'un genou
qu'un pied et qu'un testicule
dieu protégez-nous !
Ce petit a bien mauvaise mine..."
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20.11.2008
98. pantoufles
Puis, comme les contrôleurs partaient, elle cessa de pleurer et alla s'asseoir dans une niche dissimulée à l'angle de deux couloirs.
Elle reniflait un peu. Un japonais minuscule distingua en passant ses pantoufles à tête de tigre, dont les pupilles de verre luisaient entre les ombres.
11:14 | Lien permanent | Envoyer cette note
19.11.2008
97. le secret
Qu'il ne soit pas très malin, qu'il ne soit ni éloquent, ni sublime, ni chanteur à succès déplaît beaucoup. Qu'il désire stupidement être compris le rend détestable enfin.
L'homme sans réseaux traverse pourtant cette rue avec un secret si difficile à dire qu'il hoquète de joie : sa valeur surpasse toute raison d'oublier qu'il vit au centre de l'univers.
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18.11.2008
96. les plans
"Les plans n'aplanissent pas, les cartes ne coupent à rien. Le relief imprime sur mes pupilles, s'incruste dans mon cuir. La poussière des rues s'englue sur mes poumons. Comme j'aime ainsi me sentir vieux et malade !"
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17.11.2008
95. souvenir 8
De souvenir en souvenir, il s'agit avant tout pour l'homme sans réseaux d'esquisser de soi des postures viables, d'écrire encore: se défendre d'être une pure création de l'instant, reconnaître à confesse :
"J'aimerais traverser la somme de mes listes (génome, conquêtes féminines, commissions). J'avoue prétendre à une essence propre, un moi. Honteusement je désire, en brûlant, perdurer."
En vérité, comme vous et moi, il ne se souvient de rien.
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