23.10.2008

79. l'homme sans réseaux croise le Roi (et l'Ange)

 

"Je le gifle, je le gifle, je le mouche ensuite par dérision comme un enfant. Cependant il est bien évident que c'est lui le Roi et moi son sujet, son unique sujet.
A coups de pied dans le cul, je le chasse de ma chambre. Je le couvre de déchets de cuisine et d'ordures. Je lui casse la vaisselle dans les jambes. Je lui bourre les oreilles de basses et pertinentes injures, pour bien atteindre à la fois profondément et honteusement, de calomnies à la Napolitaine particulièrement crasseuses et circonstanciées, et dont le seul énoncé est une souillure dont on ne peut plus se défaire, habit ignoble fait sur mesure: le purin vraiment de l'existence.
Eh bien, il me faut recommencer le lendemain."

(Henri Michaux, Mon Roi)

"Comme ses objets perdus qu'on croyait avoir partout cherchés et qui surgissent un jour d'un mouvement insolite semblant leur propre volonté, j'ai beau me voir en face j'embrasse un courant d'air, me rue sur rien, mais qu'une cendre en tombant brûle deux poils sur le dos de ma main et passe mon Ange stupéfait: oui, c'est moi, là, qui volète nu dans l'infini des temps."

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