02.10.2008

65. Interlude 5: les proses bancales

 

 

Une fois par mois environ, l'homme sans réseaux retombe dans son péché de jeunesse. Il n'a jamais pu décrocher de cette échappatoire radicale et tragique à la dureté du monde. Aucune cure n'y fait rien et, ayant côtoyé la mort, il y revient malgré tout. Il sniffe d'abord une rime. Puis un vers appelant l'autre, il s'envoie tout le poème. La came n'est pas toujours des meilleures, il s'en fiche tant qu'elle brûle en lui l'angoisse lancinante des proses bancales.

 

 

« Bordel de sacré nom de Dieu

quel effroyable brouhaha !

un cri d'orang-outan furieux

amplifié par trentes-six tubas ?

Faites-le-taire, ne sait-il pas

que tout l'monde n'est pas musicien ?

sa musique nous crève l'estomac

-Mais les paroles, elles sont trop bien.

 

Un couteau dans la casserole,

une craie cassée sur l'ardoise,

le sabbat d'une armée de trolls

qu'un rouleau compresseur écrase:

tout cela semble un cri d'extase

comparé au triste tintouin

qu'il émet à la moindre phrase

-Mais les paroles elles sont trop bien.

 

Prince plus sage que le sphinx,

pitié pour nos globes craniens

faites-lui trancher le larynx

-Mais les paroles elles sont trop bien. »

 

 

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