30.09.2008

64. chaque jour

 

 

Je ne laisserai croire à personne que j'ai chaque jour quelquechose à dire. D'abord je me tais si je veux. Ensuite, le bavardage de l'homme sans réseaux est hors de contrôle. Je me contente d'enregistrer le frottement, piège l'odeur de brûlé. Hier rapetissement, aujourd'hui enflure démesurée. Chaque jour, nous changeons de formule.

 

29.09.2008

63. les truites

 

« Il railllait ses voyages, dénigrait son expérience. De jeunisme, voulait se flinguer.

Nous, justes cons d'être heureux et inversement, descendions la Seine sur de gros cubes de polystyrène saouls comme des truites. Chantant rien, célébrant personne. Prêts à ruiner, liquider complètement la chance qui s'offrirait. »

 

26.09.2008

62.

 

Comment écrire ça ?

A dix-huit heure, il regardait impuissant les tonnes d'eau s'abattre sur le désert.

 

25.09.2008

61. le moyen terme (suite)

 

Pourtant il n'y a ni endroit ni envers. L'homme sans réseaux parle d'un seul tenant: sa voix l'engage d'abord dans l'une ou l'autre cause, puis brusquement l'en expulse sitôt qu'un éclat de monde cristallise au lieu même dont elle procède.
Telle est la solution, le moyen terme : l'homme sans réseaux n'est plus de rien dans ce qu'il dit.

 

24.09.2008

60. le moyen terme

 

« Je me déchire chaque fois que je parle. Chaque fois que je parle, je tranche entre:
-signaler une passion de la bière, de la télé, des larmes, du vomi...
-admettre l'élévation ésotérique que transfuse à travers les mots la lumière du soleil sur une pierre ou une feuille. »

 

23.09.2008

59. le collègue

 

 

L'homme sans réseaux est le plus urbain des collègues de bureau.

Quand Claire demande à Marie-Jo des nouvelles de son chat, il se contente de démissionner sans tuer personne.

 

22.09.2008

58. souvenir 6

 

« Enfant un peu sauvage, je bandais en regardant les blés pousser, les femmes laver le linge, une casserole d'eau frémir.
"Souris, tu ne voudrais pas sourire un peu des fois ?" avait dit la maîtresse.
Je n'écoutais pas, je me concentrais. Je me concentrais pour bander. Pour engloutir et digérer cette totallité grasse du quotidien sans céder un pouce au tic-tac mutant, satiété de consommation et compagnie. Cultivais méthodique ma gravité métaphysique, mon cul-terreux. »

 

L'homme sans réseaux, toujours lui. Un roi dans sa plantation de cailloux.

 

 

19.09.2008

57. dialogue 1

 

Ces types aux repas du week-end prenaient des contre-pieds, des audaces qui me laissaient sans voix. Ils tombaient d'un seul coup sur des vérités, à bras raccourcis j'avais l'impression qu'ils me tombaient dessus.
« Tu prends Pasqua, il en a fait de belles je dis pas mais c'est l'arbre. Cache la forêt. En réalité, marionnettes, ils descendent tout droit des directives. Des directives européenes. Elles-mêmes... » Ainsi de suite jusqu'aux extraterrestres, aux américains, à la Nature.
-Bien sûr évidemment l'arbre
qu'est ce tu crois.
Et ceux qui ont un groupe de musique. Plusieurs groupes de musique. Pas de groupe de musique. Râpent un grain de café dans la mousse au chocolat. Ecrivent.

Anna et moi nous nous regardions. Elle s'en sortait pas trop mal, moi horriblement.
Je doutais. Je divaguais. Je voulais nuancer. J'aurais voulu nuancer. Aimé vouloir nuancer. Les mots bon sang collaient aux doigts.
-oui mais cependant trois oeufs dans le même panier, regardons les choses en face, et c'est ainsi qu'on fait le lit de tous les fascismes on se couche, le lit dans l'arbre et on peut pas se contenter, on peut pas !

Pendant ce temps, dehors, des ombres regardaient le soir se coucher. C'était ainsi, vieillir, se coucher. Dans nos vies en ordre, une immense confusion, des nids de serpents, des perversités promptes à absorber notre moelle et laisser mourir la beauté toute proche.

 

18.09.2008

56. interlude 4: sur la route

 

 

 

"Deux sales types regardaient
l'oisillon mort sur la grand route
tandis que j'étais en retard
à mon anniversaire

 

(j'allais avoir trente ans
et n'en comptais que douze
cette sale histoire ferait
l'objet d'une épitaphe)

 

« Allons plutôt boire un verre » dit l'un
quoique estomaqué l'autre
redresse sa cravate

et lui emboite le pas"

 

 

 

17.09.2008

55. météo 2

 

 

« C'est assez de nous le répeter – disait l'homme sans réseaux sous l'averse, assez de bramer:

"tout tombe tout s'écroule demain c'est l'apocalypse demain il va pleuvoir encore c'est prévisible demain c'est comme hier aujourd'hui l'âge de pierre comme les pyramides" C'est assez. Nous savons qu'il n'existe rien au-delà du périphérique, rien au-delà de l'Italie (à peine si l'air circule), rien chez ceux qui marchent à l'envers.

Je vais vous dire à quel point je m'en fous : j'écris suffisament peu pour vivre trois mille ans. »

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