31.07.2008
24. interlude 2 : l'art du contrepoint
Il esquisse au violoncelle une mélodie légère, délicieusement ourlée d'harmonies baroques. Puis de sa voix la plus claire, l'homme sans réseaux entonne en contrepoint :
« un riche ne protège pas
la liberté de l’art
il ne connaît rien à rien
n’a aucun plaisir
un riche n’essaye pas
de comprendre les problèmes
un riche n’a pas de problèmes
un riche est gras
un riche n’aime pas
les gens qu’il aime
et ne mérite pas
d’avoir des yeux
car les mots défendent le riche
les mots protègent le riche
le riche est riche en mots
les mots sont des dollars
un riche ne meurt jamais
un riche ne fait jamais la guerre
un riche dépense
un riche parle
et ça lui suffit
et ça suffit à sa mère
à son père à son chien
aux pauvres aux idiots aux
autres riches et aux mots
aux mots qui défendent le riche
aux mots qui protègent le riche…etc »
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30.07.2008
23. fascinante nature (suite et fin)
Quant à nous, nous ne pourrons jamais atteindre aux limbes de ces ectoplasmes à la mémoire infinie et à la vision panoramique. Quelle tristesse! Affligés par la nature avare d'à peine deux yeux et moins d'un siècle d'étanchéité, nous n'irons pas bien loin, ni dans le relevé systématique de la topographie du réel ni dans l'archivage de ses fonctions. Nous en sommes réduits à quelques loisirs mièvres : créer, rire, passionément nous détruire à l'alcool et à la cruauté des femmes.
14:45 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
29.07.2008
22. fascinante nature (suite)
"Et qu'est-il enfin de plus exotique, de plus étrange que l'efflorescence touffue d'internet ? Chaque intimité ingrate, chaque névrose exhale dans la moiteur publicitaire sa propre émanation d'un pollen à jamais gaché."
Epris d'héroïsme absurde et de botanique, l'homme sans réseaux s'est installé en ces lieux. Il éprouve loin des hommes le poids des sociabilités végétales. Un rien le rend joyeux. Bon sauvage rendu à son Eden, il prophétise naïvement à des audiences de disques durs et d'écrans plasma.
19:29 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
28.07.2008
21. fascinante nature (suite)
« Striée de cicatrices, la ville n'offre cependant aucune trace. Le sentier que nous venons d'ouvrir se referme instantanément dans notre dos si bien que chaque pas forme une impasse, chaque mouvement creuse un trou d'air que notre corps emplit et dans lequel il se sent hapé. Nous tenons à ce mince espace. Et si, désarticulés d'un trottoir l'autre, nous dessinons dans le dédale des lignes tortueuses, c'est pour maintenir en équilibre la colonne de ciel branlante posée sur notre tête. »
12:10 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
25.07.2008
20. fascinante nature
"La pelleteuse va et vient. Elle enlève une large bouchée de terre, s'en lèche les babines et vole jusqu'au camion-benne dans le nid duquel elle recrache amoureusement sa pitance.
Fascinante nature ! Tant de fragilité, tant de tendresse bouleversent d'autant qu'alentour, le chaos urbain tourne sa ronde sans âme : les pigeons vrombissent, les hommes se heurtent, la mécanique des jours et des nuits avance inlassablement."
20:23 Publié dans Séries en vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
24.07.2008
19. le ressort
"J'y reviens souvent avant que d'entamer un Balzac ou un Proust: ce qui me gêne le plus dans l'écriture, c'est le ressort du stylo. Qui peut prétendre qu'il ne s'en est jamais servi, que tout est bien de lui, qu'il regrette ?
Alors d'un coup d'orteil je repousse le volume loin sur le rivage. Vaste mensonge ! Et développant en moi l'idée de Proust et de Balzac, je rumine intensément l'amertume des histoires qui traînent en l'air."
22:19 | Lien permanent | Envoyer cette note
23.07.2008
18. l'homme sans réseaux croise l'homme sans nouvelle
« Or il m'est parvenu qu'en ces très lointains âges, singulièrement de 1930 à 1950, on prétendit m'avoir rencontré. J'eus la faiblesse de me soucier de ce ouï-dire. .[...] Je trouvais du reste divertissant de laisser cet Armand Robin se faire et se défaire au gré de ce que les hommes de ces temps estimaient croyables. Puis, dans la mesure où les circonstances s'y prétaient, je recueillais avec une belle conscience professionnelle de juge d'instruction toutes les versions d'un même fait, si nombreuses fussent-elles, si absurde me parurent certaines. » (Armand Robin, L'homme sans nouvelle)
« De même. On m'appellait Job. On m'appellait Marcel. On m'appellait Hildegarde. J'ai fini par me confondre dans ce décor et, entre les prises, j'harangue les figurants pour qu'ils donnent un peu de vie au tableau au lieu d'essayer de se faire remarquer en gesticulant à l'adresse du cousin René avachi devant sa télévision. S'ils restent aussi médiocres, nous aurons encore des mètres de réalité ratée, et je serais à nouveau accusé de n'avoir rien vécu. »
19:17 Publié dans L'homme sans réseaux croise.... | Lien permanent | Envoyer cette note
22.07.2008
17. la métaphore
Vu d'ici, je dirais que l'homme sans réseaux est une femme,
un radar,
une balle de tennis,
un syndrome d'immuno-déficience acquise,
le papillon qui s'égaye dans la brise de printemps
un correcteur d'orthographe,
une face concave de dodécaèdre, recouverte d'un miroir et transformant la lumière qu'elle recueille en petits « pschitts » sonores.
Le tout avec une voix de hyène qui roterait son canard de midi. Disons que l'homme sans réseaux a beau grimacer continuellement et s'efforcer de ressembler à une métaphore, nous ne voyons jamais de lui qu'un mince filet d'eau claire menacant de tarir.
20:16 | Lien permanent | Envoyer cette note
21.07.2008
16. le château
“Par quel moyen rattraper tout cela ?” se demandait-il à la lecture catastrophique des dépêches du matin. Plongeant la main dans un article, il en retira une poignée de sable mêlé de cendre, dont il fit un petit château face à la marée montante. Puis il courut rejoindre deux amis qui, non loin, jouaient au jokari et tous les trois plaisantèrent longtemps sur le mauvais caractère des femmes et les avantages du changement climatique.
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18.07.2008
15. la médecine
"Ma fureur s'est moquée de moi. Elle m'a repoussé. Deux pas en arrière, je me suis mis à pleurer. Sorti de je ne sais où, un bon samaritain a posé sa main sur mon épaule. Ma fureur et moi nous sommes aussitôt réconciliés."
L'homme sans réseaux connait la médecine secrète des virus et des parasites.
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