11/06/2012
726. Noce 11
Et puis un jour probablement il a pris l'air
il s'est défait dans la lumière
il a marché sur l'autoroute
il a bien mesuré ses chances d'apercevoir un arbre
à une station essence
il a acheté quinze gallons de liquide de refroidissement
en vain
il a glissé dans l'horizon
dans l'onirique vision d'un ruban de goudron élargi par la culbute du soleil
il s'est réconcilié
seul
avec ses vieilles maîtresses
les formes humaines
les ombres
et à l'instant
il est parti
et sa trace revient sans lui au commencement des noces
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04/06/2012
725. Noce 10
Le peintre : il avait du temps devant lui. Plus il avait du temps devant lui moins il se préoccupait d’avoir à vivre. Occuper la scène. Et moins il songeait à peindre, bien qu’il ne cessât d’y songer. Ou disons : il songeait que peindre c’est songer à peindre. Il n’aurait pas entamé une belle journée libre par une fichue séance d'esquisses. Il ne put s’y mettre qu’en rentrant d’une interminable errance de rues en rues, quand toute force physique et toute étincelle d’idée, toute énergie spirituelle l’eurent quitté. Il s'était persuadé que peindre relève du pur laisser-aller, ou du moins, qu’il n’était pas de peinture valable sans indifférence vis-à-vis de l’art. Il s'était persuadé que peindre ne passait pas par la peinture. Il s’offusquait qu’on puisse s’enquérir de sa production, le vilain mot : il ne produisait rien : il peignait. C’est à dire il y pensait. Je peins, donc je ne peins pas. Pas de compte à rendre, il ne pissait pas du portrait, il ne s’oublia pas dans la nature morte, il eut une idée beaucoup plus haute de la peinture. A ses yeux qui consacrait une journée à peindre était cynique ou idiot. Ou aveugle à la rigueur : quelqu’un qui ne voyait pas qu’il existait des portes et qu’elles s’ouvraient et qu’elles menaient parfois vers l’extérieur : là où l’on trouve de l’air, parfois sale ou poisseux, de l’air à ingurgiter. Il confondait la peinture et l’être. Il se représentait la vie comme consommation d’une part de ciel, dégustation d’un morceau de voûte. Altération de la composition chimique de l’atmosphère : unique dénominateur commun de la productivité humaine, de l’effet de l’existence individuelle. D’où les vices qui le tuèrent. D’où de violentes soifs d’hydrocarbures et de mélanges. D'où l'hapax.
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31/05/2012
724. Noce 9
Un hapax : personne ne peignait cela et personne ne peignait de cette manière au début du XXIème siècle. La Noce pourrait à la rigueur être comparé au travail de certains photographes de la même époque, mais sans l'arrière-plan post-moderne, l'amertume eschatologique qui caractérisait presque invariablement leur production. Le tableau est simple, trivial dans sa noirceur. Cette manière ne fit pas école. Pas même pour son auteur, si l'on ose dire, dans la mesure où il ne laissa aucune œuvre apparentée, ni aucune autre œuvre. Qu'il n'ait pas esquissé la moindre autre toile n'invite guère à penser qu'il s'est donné tout entier dans celle-ci, on jurerait plutôt qu'il s'aperçut aussitôt de sa monstruosité et jugea qu'elle était déjà de trop.
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27/05/2012
723. Noce 8
Détail : dans le fond de la pièce, là où la visibilité se dégrade, où personnages et décor semblent se fondre, subsiste un rayon de lumière distillé par une autre ouverture verticale, de petite dimension, à bonne hauteur du mur derrière les convives. Un coin de ciel. Bleu clair et dense au-milieu duquel un point doré, comme une déflagration, se consume en laissant une fine traînée blanche. Ce détail qui ne doit mesurer guère plus de quelques centimètres et qui paraît négligemment jeté dans cette scène d'interieur est pourtant un bonheur de sensualité mystique ou de mélancolie. Un minuscule morceau de bravoure. Lenteur irrévocable de l'avion de ligne. Il y a de quoi se perdre, là-dedans, un effet de décompression au milieu du tableau saturé. L'artiste joue aussi avec l'œil du spectateur, avec sa faiblesse, son incapacité à tolérer ce type de brouillage dans la composition, cette vacance des formes à peine perturbée et qui engloutit la capacité d'observation elle-même. Depuis l'avion où nous sommes tenus prisonniers, nous voyons alternativement toujours de trop près (l'intérieur confiné) ou de trop loin (le hublot, la lorgnette floue des infinis).
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22/05/2012
722. Noce 7
La Noce représente assurément ce lieu d'atonie tragique où nous vivons, vu depuis une très ancienne époque : une époque où maniérisme et virtuosité d'exécution prévalaient dans le goût du public, une époque où les composants à disposition du peintre, complexes mais non synthétiques, recelaient encore en substance une part de la réalité organique et inorganique des corps et surfaces qu'elle représentait – vertige des corps représentés à cette époque, d'une crudité devenue incompréhensible, esthétiquement (sinon moralement) choquante.
La noce représente l'étreinte d'une époque allergique à elle-même. Un « mouvement de recul », frayeur et hébétudes mêlés, tel pourrait être le sous-titre de cette oeuvre sans équivalent, tant c'est l'impresifsion qu'elle suscite, tant elle semble mimer ce geste dans sa composition en diagonale débordante.
Il paraît vain de raviver pour elle les poncifs d'anachronisme, ou de modernité. Elle serre nos instants douteux à la gorge.
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20/05/2012
721. noce 6
Détails : le peintre a disséminé trois trousseaux de clés, le premier à peine visible (seul un tranchant de métal le révèle) dans la main d'un homme dont le buste se situe hors-cadre, qui virevolte au-dessus de la tête de son interlocuteur ; les deux autres au contraire bien en évidence sur la table: l'un à mi-longueur de celle-ci, doté de deux clés argentés et d'une clé couleur cuivre, ainsi que d'un losange de mousse compacte orange vif à la surface duquel d'autres losanges indiquent le logo d'une société d'électroménager, l'autre au bord du bout de table comprenant un porte-clé à franges de cuir et une épaisse clé de plastique noir, dépourvue de panneton, frappée de deux lignes de métal argenté signifiant la marque de l'auto qu'elle permet de démarrer. Parmi le foisonnement de détails, ces trousseaux qui ponctuent diagonalement la composition du tableau ressortent avec une évidence particulière : symbole grossier, violemment efficace par sa grossièreté même et qu'accentue encore la virtuosité dans le rendu des matières synthétiques (la virtuosité pour quoi faire ?), symbole d'une absence très radicale de clé, ou d'issue, ou de signification latente du tableau.
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16/05/2012
720. Noce 5
Et l'on se retrouve au fond, parmi une faune compacte d'êtres typiques ou incertains, le rieur au nez presque complètement enfoncé dans la bouche du bon vivant qui lève un verre moins rouge que la surface de ses paumettes, deux figures amorphes, asexuées, dans leur ombre, qu'aimante leur assiette (du poisson ?), une matrone, l'oeil sévère qui dompte un grand maigrelet moustachu chauve, des mioches en train de pleurer, d'accrocher la nappe, de tirer les cheveux, de faire vrombir des morceaux de plastique, puis une ribambelle de vieillards, trois bérets sur les montants d'une chaise, des béquilles en équilibre, et sur le mur toutes ces figures plus ou moins esquissés trouvent encore des échos, des doubles, des semblables qui les démultiplient dans l'affichage de photos dont les formes confusent laissent entrevoir les sujets : portraits, photos de couple, photos de vacances, photos d'amis, photos de classe, photos de collègues, photos de réunions familiales, réfractions du tableau lui-même, vertigineuse extrapolation d'une image de foule entrevue simultanément, autant de facettes où l'observateur cherche d'abord à s'identifier et finit par se perdre. L'ordinaire semble devoir se définir par l'anonyme, mais un anonyme sombre, morbide.
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13/05/2012
719. Noce 4
Le regard est simultanément happé par la Mariée et expulsé par cette irradiation vers le fond de la salle, vers des tons de plus en plus chauds et sombres, où l'obscurité désaltère d'une jeunesse, d'un amour, d'un bonheur glaciaires.
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10/05/2012
718. Noce 3
-sur la table, le large téléobjectif d'un reflex numérique darde vers le spectateur son œil noir, piqué d'un reflet rose indiquant un hors-cadre imprécis, illisible
-face au spectateur encore, le personnage suivant, un peu plus loin dans la ligne de fuite de la tablée, un jeune homme arbore une veste de velours côtelé sur une chemise blanche, et un air béat. Il tient ses couverts de telle façon que ses coudes pliés à quatre-vingt dix degrés dessinent deux lignes parfaitement symétriques. Cette raideur de la silhouette contraste avec sa mine contente mais sans franchise, floue plutôt, et indécise. Le type a une trentaine d'année. Sa position pratiquement centrale entre les vieux, relégués en bout de table et l'enfant et l'adolescent visibles sa droite, suggère – tout autant que son air désemparé d'être heureux (comment peut-on gésir de la sorte en ayant soldé le désespoir de la jeunesse tragique et la noirceur de la vieillesse étiolée dans la mort ?) - un âge flottant, un terrible malaise dans la force physique et spirituelle. Une observation tant soit peu attentive révèle des traits communs avec la petite demoiselle au portable évoquée plus haut : mêmes lèvres fines où le sang afflue, même grands yeux résignés, même nez court. Le tableau conte, entre autres, la courte histoire d'une paternité intranquille. On cherche vainement une trace de l'âge d'or dans cette représentation d'un sujet plutôt joyeux.
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03/05/2012
717. noce 2
-La Peinture est muette et le personnage suivant constitue un chef d'oeuvre non seulement de sujet mais d'interprétation : un adolescent maigre avec un sweet-shirt à capuche en coton noir est assis sur sa chaise légèrement à distance de la table, les bras ballants le long de ses cuisses. Il porte sur la tête un énorme casque audio qui mange une bonne partie de sa chevelure brune graisseuse et de son visage exsangue. Il ne semble rien voir, ni le jeune homme de son âge qui baille ou rote à sa droite, ni la table ni même l'aveuglante mariée. Sa position avachie laisse apparaître une nuque d'un blanc rosé, une nuque fine et presque translucide. Ses paupières semblent d'une lourdeur telle qu'il peine à garder les yeux ouverts. Mais dans le mince espace qu'elles dévoilent, son regard suggère une absence à la fois source d'émotion et d'angoisse. D'émotion car il est permis de supposer que ce qu'il écoute le transporte en dehors de la scène représentée et du tableau lui-même, d'angoisse parce que cet ailleurs gît comme une tâche, un trou sans fond au milieu des êtres qui s'agitent autour de lui, et qu'il situe sa rêverie dans des régions inatteignables de la sociabilité modeste de la noce, et plus encore inaccessible au caractère supposément spirituel ou sacré de ce rite.
- un petit chien de type yorkshire tourne autour de sa chaise, langue rose sortie.
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01/05/2012
716. noce 1
L'espace est principalement occupé par une longue tablée qui file en perspective de droite à gauche et guide le regard en une promenade savoureuse et triste jusqu'au fond du tableau. Les murs de la salle des fêtes sont composés de panneaux lambrissés vernis montant en diagonale jusqu'à mi-hauteur, puis d'une paroi grise trouée de deux vastes bouches d'aération circulaires dont le métal renvoie les rayons bleus d'invisibles projecteurs situés probablement au sol. Pour le reste, l'éclairage cru tombe sur les couleurs vives et dépareillées des tissus féminins avec une inélégance mortuaire. Les traits du visage de la mariée se noient dans l'insoutenable éclat alentour. Aussi, l'uniforme noir des hommes a quelque chose de joyeux. Les nombreux personnages composent une scène à la fois très vivante et fixée, comme engluée, prise au piège de l'évènement rituel qu'elle propose. Ainsi de droite à gauche :
-un serveur en train de pencher une bouteille de vin rouge au-dessus d'un convive invisible (seule la main apparaît et la distraction du serveur, tassé dans sa raideur obséquieuse, est trahie par un mince filet qui coule le long du pieds du verre et tombe en déposant une auréole violacée sur la nappe de papier (auréole à laquelle le peintre s'est plu à donner la forme onduleuse d'une France inversée))
-deux poussettes identiques de marque Mc Laren, l'une bleue l'autre grise côte-à-côte contre le mur du fond, au-dessus desquelles deux jeunes femmes discutent sans se regarder, l'une portant un chapeau de tulle juste au-dessus d'yeux cernés jusqu'au menton, l'autre pressant d'un index discret (mais remarqué du peintre qui se plaît à l'exhiber) le fil de velours rose qui ceint la robe à sa taille. -derrière elles, une petite fille à la coiffe papillonnée de rose et de bleu tient dans ses deux mains juste à hauteur d'yeux un téléphone portable dont il est aisé d'imaginer qu'il provient du sac à main de la femme au chapeau.
-deux vastes dos trapus courbés chacun au-dessus de leur assiette, leurs propriétaires vraisemblablement absorbé par le travail de mastication, en face d'eux deux femmes d'âges mûr au contraire très droites, relevées, si bien tournées l'une vers l'autre que leur visage de profil, emmanché à leur buste de face, évoquerait purement et simplement l'art de l'Egypte ancienne sans le mouvement gracile de leurs fourchettes et couteaux qui paraissent fendre l'air dans le duel d'une conversation vive et futile qui nous échappera pour toujours
-à gauche un jeune homme pâle porte la main à sa bouche, pour réprimer un bâillement ou peut-être un rot
-jeune homme dont un double apparaît furtivement à la même hauteur de la toile, derrière la vitre d'une sorte de meurtrière horizontale et vitrée pratiquée dans le mur : un visage poupin se distingue, dont le sourire ironique à peine suggéré par quelques ombres retient une cigarette aux commissures, observant la noce depuis l'extérieur
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26/04/2012
715. scories noires
les sentiments nobles à des années-lumière
il faut beaucoup se combattre, sans doute, beaucoup se mépriser sans se haïr
réfléchir : activité sombre
les belles choses finissent salement
je te parle de celui qui est mort en concevant un pont
un penchant pour les lèvres
je souhaiterais un interlocuteur transparent, rencontrer l'autre moi, entier
être simple : preuve de noirceur
il s'imagina que le néant devait être, après la mort, une sensation (probablement indicible (dépourvue de sujet pour l'éprouver (vertige (une expérience du feu (par le feu (en feu
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23/04/2012
714. fuyons
Mes mains noires grandissent horriblement
vite
et décousent l'agrafe blanche du ciel et des vies
vite décousues
sur la porte à travers la ville
et je ne peux les retenir dans ce funèbre ouvrage alors
je me sers
de mes yeux
pour entretenir le pays
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21/04/2012
713. Matisse
D'aucuns restent à même le flanc sur terre. D'autres traversent les musées en faisant des efforts insensés, les yeux grand ouverts, cogitant, projetant leur nervosité concentrée vers les murs pour retenir une forme, comprendre une couleur, un trait de fusain, une silhouette, une posture et cultiver une poussière d'émotion rachitique qui leur évoquera, avec quelque fortune, la sensation de la terre pressée contre le flanc et la trêve mystique de l'esprit en guerre.
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18/04/2012
712. comment nous sauvâmes la lune
Puis l'astre cesse de flamboyer, tangue et décroche et sombre et se liquéfie en mer de sang noir où quelques éclats écumeux reflètent au ras des ondes un rayon parti de la consomption de leurs propres tissus douze mille ans plus tôt. Sur terre, on me dit qu'il y avait même des passionnés. Des douloureux, des rétifs, des joyeux. Plus fous peut-être, plus rares : des indécis. Comment les aurions-nous guidés ? C'est ainsi que nous sauvâmes plutôt la lune.
23:27 | Lien permanent | Envoyer cette note
16/04/2012
711.
Nous sommes ici pour faire notre temps
*
Pour un plombier
la pluie
cela doit être TERRIBLE
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12/04/2012
710. où rien
Mais si personne n'allait voter, on entendrait peut-être ma voix ?
[Faire entendre sa voix / essayer d'écouter sa voix]
les époux échangèrent leurs alliances, qui n'allaient pas
[le rat grossit, le navire penche]
mais rien ne va
[où rien ne va]
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08/04/2012
709. les années
Novembre passa. Puis décembre passa. En janvier, une tâche bleue apparut sur son front. En février la tâche grossit et tira au jaune-vert. En mars on fit venir un peintre pour qu'il en saisisse la forme. Elle disparut complètement dans le courant du mois d'avril. Maintenant sa respiration s'amplifiait, comme s'il puisait à l'intérieur, profondément, le liquide vital du repos et de la lucidité. Ses propos restaient corrects mais on en voyait mal l'intérêt. Par acquis de conscience, on demanda tout de même à un écrivain, ou plutôt au nègre de quelques grands écrivains en place, de scrupuleusement les collecter et les mettre en forme. Le nègre officia sans poser de question. En juillet il n'y avait rien à faire. Puis l'énervement commença à remonter fin août. Encore une année à tirer, entendait-on ici ou là. Sa garde-robe fut entièrement changée. On mobilisa un styliste, qui hurlait d'une voix de canard sur des assistants médusés, dans les couloirs feutrés, qui hurlait que l'image de la patrie était en jeu. Un bourgeon apparut dans une de ses mains. C'est tard, dirent les botanistes. Il fallait faire vite. Tout de même, on attendit mi-octobre pour saisir des boutures dans les locaux hyper-sécurisés du laboratoire anonyme de la Beauce et quand tout fut bien ordre, quand des plants furent développés à grand renfort de néons et d'engrais et envoyés aux antennes secrètes de la Défense, c'était déjà mi-décembre, enfin on songea à déposer le Président vermoulu dans un débarras sous-loué d'un traiteur du Maraîs et envisager l'avenir : janvier, février, mars...
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01/04/2012
708.
il ne recherchait plus tant des visions qu'un peu de lucidité, l'explosion avait eu lieu maintenant il voyait les débris s'éloigner lentement autour de lui, il aurait voulu revoir, quelques minutes avant le choc, revoir ce qu'il voyait du jardin bleuté, des foins, des balançoires, du chant sourd de l'air lourd d'été pesant à travers les volets de fer, il ne cherchait plus à brûler mais comment éteindre, comment cicatriser, renouer ensemble les fils d'un présent invivable d'être décousu par le passé.
14:26 Publié dans la note sans titre | Lien permanent | Envoyer cette note
29/03/2012
707. à zéro
à zéro à zéro avec le premier convoi en route pour les espaces vierges du Ponant, avec des phalanges sèches cassantes comme des branches à zéro dans les bois, brousses, broussailles, brouillons de barbelés jetés entre les voies, à la recherche d'un sens obscur, exilé tout en haut d'une hauteur blanche que les yeux brûlent de prendre et que la terre en tournant dérobe, à zéro bras en croix autour d'un brasero dépolis comme des vieux singes comme des simples savants nus les uns devant les autres, horriblement têtus et refusant de croire malgré les cendres amoncelées à chacun de leurs pas, refusant de croire qu'ils portent un théorème nul
à zéro
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